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Comment classer ?

Classement des fusils de Manufrance

Souvenirs de famille Manufrance et de la manufacture d’armes et cycles de St-Etienne

dimanche 1er septembre 2019, par Erwan

Jusqu’en 1995, l’acquisition d’armes d’épaule de chasse et de tir était autorisée sans formalités aux citoyens français ayant atteint l’âge de la majorité.

La France ayant compté plusieurs millions de chasseurs [1], jusque à une époque récente, on imagine sans peine le nombre de fusils et de carabines et de fusils de chasse que les générations précédentes ont laissé à leurs héritiers.

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Le fusil « Idéal » à pontet à lunettes : une arme raffinée et d’un fonctionnement sûr, qui participa au succès commercial fulgurant de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Étienne.

La découverte d’une de ces armes dans une maison de famille est donc chose courante et les « inventeurs » de ce trésor ignorent souvent son classement et sont dans l’incertitude quant à leur droit de conserver cette relique familiale ou des formalités à accomplir pour la revendre.
Le présent article fait le point sur le classement des fusils et carabines de chasse produits et commercialisés par la Manufacture D’Armes Et Cycles de Saint Étienne , plus connue depuis 1946 sous l’appellation de « Manufrance » .
Nous rappelons en outre que les armes à canon lisse, qui sont mentionnées comme classées en catégorie C dans cet article, n’ont pas à être déclarées, lorsqu’elles sont détenues depuis une date antérieure au 1er décembre 2011

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Les vignettes du catalogue de la Manufacture d’Armes et Cycles évoquent les aspects les plus souriants de la société française sous la troisième République.

Les fusils de chasse [2]

Le fusil de chasse « Idéal ».
Ce fusil d’une grande finesse et d’une réelle élégance avait été conçu pour une clientèle aisée, souhaitant avoir une arme de classe. Les premiers fusils Idéal, dotés d’un « pontet à lunettes » relèvent d’un brevet accordé en 1888. Ces armes sont donc aujourd’hui classées en catégorie D. leur vente et leur détention sont libres aux personnes majeures.

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Le fusil « idéal » pontet à lunettes (en haut), fabriqué sur un brevet de 1888 est en catégorie D, le fusil « Ideal » à pontet droit (en bas), bien qu’apparu en 1937 conserve l’essentiel des caractéristiques du brevet de 1888, en dehors de la forme du pontet, ce qui ne justifie pas un changement de catégorie : l’arme est donc, elle aussi, en catégorie D

Le pontet à lunette fut abandonné en 1909, sans que le reste du mécanisme subisse de transformation notable. On peut donc estimer que ces modèles à pontet ordinaire appartiennent eux aussi à la catégorie D.
En 1937, la manufacture d’armes et cycles de St Étienne proposa une version combinant le mode de déverrouillage du canon de l’Idéal (verrouillé par un poussoir à l’arrière du pontet) et les canons frettés du fusil « Robust » : l’arme qui résulta de ce croisement fut le « Robust-Ideal », cet ultime surgeon du fusil « Idéal » [3], Il s’écarte notablement du brevet de 1886 et est de ce fait classé en C

Le fusil de chasse « Robust ».

Ce fusil juxtaposé, est certes moins luxueux que l’Idéal, mais jouit d’une solidité qui justifie bien son nom [4]. Sa « robustesse » et le prix très accessible des versions de base le rendirent extrêmement populaire dans notre pays. Son remarquable mécanisme fit l’objet d’un premier brevet accordé en 1905. Sa commercialisation ne commença toutefois qu’en 1913, après une longue phase d’évaluation et de perfectionnement. Le « Robust » est donc d’un « modèle postérieur à 1900 » et se trouve de ce fait classé en catégorie C

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Le « Robust-Ideal », commercialisé en 1937, combine certaines caractéristiques des deux armes mais l’apport des éléments du « Robust » lui vaut d’être classé en catégorie C (Photo : www.jadis38.fr)
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L’excellent fusil « Robust » fut commercialisé en 1913. Ses brevets sont postérieurs à 1900 : il est donc en catégorie C.
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Le fusil « Simplex » relève d’un brevet de 1908 : il est donc en catégorie C

Le fusil de chasse « Simplex ».
Ce fusil de chasse à un coup fut utilisé par beaucoup de chasseurs à leurs débuts. Son mécanisme simple et élégant fut breveté en 1908 : il se trouve donc classé aujourd’hui en catégorie C.

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Le fusil superposé « Falcor »(ici le modèle 964) fut une création tardive de Manufrance, lui aussi en catégorie C. (Photo : Vasari auction)

Le fusil de chasse « Falcor ».
Dernier soubresaut de Manufrance pour tenter de reconquérir une clientèle qui se tournait de plus en plus vers d’autres fournisseurs, ce fusil superposé apparut au catalogue en 1970. Il est classé en catégorie C.

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En haut, le fusil « Perfex ». Pour être en catégorie C, ce fusil semi-automatique doit avoir été transformé en répétition manuelle ou avoir eu sa capacité de magasin réduite à 2 cartouches, sans quoi il est classé en catégorie B
En bas : le fusil semi automatique Le « Rapid », malgré sa grande ressemblance avec le semi-automatique « Perfex », le « Rapid » est un « fusil à pompe ». Il est donc classé en catégorie B, à moins que son canon n’ait été rayé et que la longueur de ce dernier soit supérieure à 60 cm.

Le fusil de chasse semi-automatique « Perfex ».
Ce modèle est en catégorie C si la capacité de son magasin a été réduite à 2 coups ou s’il a été transformé pour ne plus pouvoir tirer qu’en répétition manuelle. Sinon, il est classé en catégorie B.

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“En haut : une carabine « Rival » à mécanisme Daudeteau. Cette arme relève de brevets antérieurs à 1900 : c’est donc une arme de catégorie D
En bas : Le « Lebel Africain » établi selon le mécanisme du fusil Lebel (et probablement fabriqué avec des boîtiers et des culasses achetés par la manufacture d’armes de Saint Étienne aux manufactures d’Etat) est une arme de catégorie D.

Le fusil de chasse à répétition commandée « Rapid ».
Ce fusil est ce que nous appelons couramment un « fusil à pompe », ce qui lui vaut aujourd’hui d’être stupidement classé en catégorie B. Quand on songe que ces armes étaient vendues jusque en 1995 sans formalité à toute personne majeure, il est facile de mesurer à quel point nos libertés ont reculé en une vingtaine d’années et de constater combien notre société républicaine, s’est dégradée !

Les carabines rayées

Le Lebel africain.
Cette arme apparue au catalogue de la manufacture d’armes et cycles de St Étienne en 1904 fut proposée en version « carabine »(à sept coups) et « mousqueton » (à six coups avec un anneau de selle). Ces deux versions utilisent le mécanisme modèle 1886–93 du fusil Lebel, ce qui permet de les classer en catégorie D

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Les carabines Rival à mécanisme Mauser sont par contre classées en catégorie C comme toutes les armes à mécanisme Mauser 1898. (Photo : Dorléac et Dorléac)
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La carabine semi-automatique Reina est en catégorie B. Une demande de classement dérogatoire en catégorie D, adressée en 2017 au ministre de l’intérieur par l’UFA n’a toujours pas reçu de réponse.

La carabine Rival .
Ou plus exactement : « Les carabines Rival », car il y en eut de nombreuses variantes. Les carabines Rival apparurent au catalogue de 1913 et les dernières versions cessèrent d’être commercialisées en 1925. Ces armes utilisent des mécanismes Daudeteau, brevetés en 1890 : il s’agit donc d’armes de catégorie D.
Les carabines Rival à mécanisme Mauser 1898, commercialisées entre 1930 et 1972 sont, elles, classées en catégorie C.

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La carabine « Club » fut fabriquée selon un brevet largement postérieur à 1900. Elle est donc en catégorie C.

Les carabines de tir et de jardin « Reina, Club » et « Populaire » .
Pour les trois, les modèles datent d’après 1900 et sont classés en catégorie C pour la club et la populaire et B [5] pour la Reina, qui est une arme semi-automatique.

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- en haut : la carabine Populaire, commercialisée en 1926, est également classée en catégorie C.
- en bas : par bonheur, la détention du fusil à fléchettes « Eurêka » n’est encore soumise à aucune formalité administrative, ouf !
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Une superbe collection de fusils Manufrance.

[1dont bon nombre détenait plusieurs fusils,

[2Nous serions tentés de préciser « à canon lisse » car c’est généralement le cas, mais ce serait inexact car certains modèles comportaient des versions à canon rayé (Express ou Drilling),

[3La commercialisation du fusil « Idéal » prit fin à la déclaration de guerre de 1939,

[4Les inventeurs de ce fusil avaient initialement prévu de le baptiser « Rustic » Mais cette appellation, qui pouvait laisser soupçonner un manque de soin dans la finition, fut jugée anti-commerciale et le nom de « Robust » lui fut finalement préféré. La filiale « Manumodèle » de la Manufacture d’Armes et Cycles de St Étienne, commercialisa le « Robust » sous le nom de « Costo »,

[5Le mécanisme de répétition à culasse non calée, rend difficile la conversion de ces cabines en répétition manuelle, pour qui voudrait en conserver une en catégorie C.

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