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Douanes et classification des baïonnettes

vendredi 31 janvier 2025

À notre grande surprise, l’un de nos adhérents nous a signalé que la douane avait bloqué un colis contenant deux baïonnettes suisses, modèles 1889 et 1918, en raison de l’absence d’une demande d’autorisation d’importation pour des armes classées en catégorie D.

Les faits

La douane reproche au collectionneur de ne pas avoir effectué la demande d’autorisation d’importation AIMG [1] une procédure dématérialisée accessible en ligne. Cette décision repose sur le fait qu’elle considère les baïonnettes comme étant classées en catégorie D§a), au même titre que les « poignards et couteaux-poignards. » Pour l’administration douanière, le classement de ces armes, régi en interne, établit cinq critères cumulatifs [2].

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Définition de la baïonnette : « Arme pointue qui s’ajuste au canon d’un fusil » Elle est donc liée à l’arme a feu pour son utilisation et dispose d’un mode de fixation.
Alors que le poignard est une arme blanche indépendant conçue pour être tenu en en main.

Pourtant, notre adhérent, ayant réellement tenté d’effectuer cette demande sur l’application SOPRANO de la douane, s’est retrouvé confronté à des difficultés :
- Déjà il devait commencer par faire une fausse déclaration en disant que sa « baïonnette » était un couteau ou un couteau-poignard.
- Ensuite sur le formulaire de demande, dans l’onglet demande AIMG il est fait mention que l’épaisseur de la lame doit être inférieure à 4mm, ce qui est rarement le cas pour les baïonnettes. Cela alors que les 5 critères de classement indiquent « au moins égale à 4 mm » signifiant ainsi qu’il s’agit d’un minimum.
Ces deux éléments ont découragé notre adhérent d’aller jusqu’au bout de la demande. Mais, de notre point de vue, cette demande était inutile. Et pourtant…

Dès lors, le collectionneur est soumis à une procédure pour « importation sans déclaration de marchandises prohibées dangereuses pour la sécurité publique. » Rapidement, l’administration lui propose une solution : il peut « éteindre l’action publique » en réglant une amende douanière de 135 €. Une fois l’amende payée et une AIMG obtenue, il pourra récupérer ses deux baïonnettes.

En effet, le parquet judiciaire a autorisé le service des Douanes à transiger [3] avec le contrevenant afin de clore ce litige douanier. Toutefois, une pression juridique demeure : la douane impose un délai de 10 jours pour répondre, faute de quoi le Tribunal Judiciaire poursuivra l’infraction pénale [4].


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Cette baïonnette US Mle 1905 présente les 5 critères douaniers d’un poignard. Mais cela reste une baïonnette qui n’est pas classée selon le CSI.
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Il serait impensable de classer toutes ces vieilles baïonnettes comme des armes de catégorie D§a).

Réalité de la classification d’une baïonnette

Depuis 2013 [5] , les baïonnettes ne figurent plus dans le classement du Code de la Sécurité Intérieure (CSI). Pourtant, la douane s’appuie sur l’application des cinq critères douaniers définissant les « poignards et couteaux-poignards », objets spécifiquement mentionnés à l’article R.311-2 du CSI.
Il convient de souligner que le CSI prévoit un arrêté du ministre de l’Intérieur pour clarifier ce classement. Or, cet arrêté n’a jamais été publié. En l’absence de ce texte réglementaire, les autorités retiennent généralement les cinq critères définis par la douane, puisque c’est la seule définition qui existe. Mais la douane n’étant pas autorité de classement en matière d’arme, cela n’a aucune valeur juridique.

L’analyse sémantique du CSI montre que seuls les « poignards » et « couteaux-poignards » sont explicitement classés. Par conséquent, les baïonnettes, absentes de cette énumération, ne sont pas incluses dans ce classement.

Démarche de l’UFA

Face à l’intransigeance de la douane à l’égard de l’importateur, malgré les explications que nous lui avions fournies, nous avons décidé de solliciter l’expertise du SCAE. L’avis de classement transmis par mail par le SCAE était clair et sans ambiguïté. Pourtant, la douane a choisi de l’ignorer, arguant qu’il ne s’agissait que d’un « simple échange de mails avec un fonctionnaire du SCAE » et exigeant une demande officielle de classement pour obtenir un document formel.

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Un matin, le facteur de la poste apporte le colis dans un état tellement délabré qu’il proposait d’émettre des réserves. La douane avait réemballé le colis sommairement, alors qu’au départ il avait été confectionné avec le soin propre aux Suisses.

Finalement, le SCAE a confirmé notre analyse et, un mois plus tard, le collectionneur a reçu son colis. Cependant, il n’a reçu aucune notification ni information sur l’abandon des poursuites pénales. Il ne peut que supposer que sa situation a été régularisée, puisque son colis a été débloqué.

Tout se termine bien, mais au prix d’une énergie considérable déployée en pure perte, simplement pour faire reconnaître un droit légitime.Quelle ironie du sort ! Tandis que l’on s’échine à réglementer les objets d’un autre âge, les véritables menaces glissent entre les mailles du filet.


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Le poignard du 2ᵉ REP a été conçu en modifiant des baïonnettes US M-17 en poignards de combat durant la période de l’Indochine. Cette transformation impliquait un raccourcissement de la lame et la suppression de la bague de fixation au fusil. Il ne s’agit plus d’une baïonnette mais d’un poignard au sens du CSI. Et pour l’importer il faut faire une demande d’autorisation.

A lire impérativement : Comment classer une arme blanche ?

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La Lebel courte reste une baïonnette, en revanche, l’US 1917 modifiée pour la Légion étrangère devient un poignard en raison de la perte du système de fixation.
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La grande disparité des baïonnettes rend illusoire toute tentative d’établir des critères de classement techniques
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Voilà différents exemples de poignards de combat. Noter que certains ne satisfont pourtant pas aux 5 critères des douanes !
Cliquez sur les images pour agrandir

Rel. LV-28/01/25

 

[1Autorisation d’Importation de Matériels de Guerre (AIMG) prévue à l’article R316-29 CSI ;

[2Circulaire NOR : CPAD1817297C du 26 juin 2018.
- « lame solidaire de la poignée ou équipée d’un système permettant de la rendre solidaire du manche ; »
- « à double tranchant sur toute la longueur ou tout au moins à la pointe ; »
- « d’une longueur supérieure à quinze centimètres ; »
- « d’une épaisseur au moins égale à quatre millimètres ; »
- « à poignée comportant une garde. »

[3La transaction douanière est le règlement amiable d’un litige douanier sur la base de l’article 350 du Code des Douanes.

[4En application de l’article 414 du Code des douanes.

[5En 2013, dans une note de la DLPAJ publiée sur l’intranet du Ministère de l’intérieur, s’agissant des armes « blanches », il était dit que la nouvelle liste avait été allégée pour ne « pas inclure dans la catégorie des armes blanches le simple couteau de cuisine. Dans un souci de simplification, la liste a été allégée par rapport à la liste actuelle. Ainsi, les baïonnettes, les sabre-baïonnettes, casse-tête, cannes plombées et ferrées, arbalètes, lance-pierres de compétition ont été retirés de cette liste »

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