De l’autre côte du Rio Grande, si le budget de l’état permet à l’armée mexicaine de commander aux USA des Colts Single action, des Remington modèle 1875, puis des S&W N° 3 et des S&W Schofield, les policiers, les miliciens au service des grands propriétaires, tout comme comme les guérilleros et les bandits de grand chemin devaient se contenter d’armes moins coûteuses.
Les armuriers mexicains, belges et espagnols s’empressèrent de combler les souhaits de tout ce beau monde, en réalisant des contrefaçons plus ou moins fidèles du revolver Colt Single Action. Ces armes étaient plus souvent réalisées en fonte moulée qu’en acier usiné et leur mécanisme avait été simplifié en adoptant certains éléments des platines Remington, afin de faciliter leur fabrication. Toujours dans un but de simplification, les carcasses de ces contrefaçons étaient souvent moulées d’un seul bloc et non composées d’une armature en deux pièces comme celles des véritables Colts 1873.
Ces contrefaçons étaient loin de valoir les armes d’origine mais leur prix était infiniment moins élevé, ce qui leur valut un certain succès commercial en Amérique latine. Par contre, peu de ces contrefaçons furent achetées en Europe, où les civils n’étaient guère intéressés par ces gros revolvers très pesants, qu’il fallait porter dans un étui de ceinture et où les officiers s’attachaient généralement à acheter des armes de marque de bonne qualité. Seuls quelques aventuriers coloniaux désargentés se résignèrent parfois à s’équiper de contrefaçons de Colt SAA.
Qu’elles soient d’origine belge espagnole ou mexicaine, les collectionneurs ont pris l’habitude de désigner aujourd’hui ces contrefaçons sous le nom global de « copies mexicaines » du Colt SAA (en dehors des armes belges en général identifiées par le poinçon d’épreuve de Liège, l’origine exacte des autres fabrications est d’ailleurs souvent difficile à retracer).
Ces contrefaçons ne peuvent donc être considérées comme des Colts au sens propre du terme, tant du fait des différences mécaniques qu’elles présentent avec l’original qu’à cause de leurs marquages, dans lesquels leurs fabricants ont souvent commis des erreurs volontaires, en écrivant par exemple : « Col » au lieu de « Colt », probablement afin d’échapper à d’hypothétiques poursuites pour contrefaçon.
Catégorie B ou D2
Il s’agit d’armes d’un modèle antérieur à 1900 qui reprennent le mécanisme à simple action, barillet non tombant du Colt SAA modèle 1873. N’étant pas objectivement des Colts elles n’entrent pas dans le champ d’application de l’arrêté du 2 septembre 2013, qui classe à titre exceptionnel en catégorie B les seuls Colt Single Action portant un numéro supérieur à 192000.
Avec ces contrefaçons de Colt, on se trouve exactement dans la même configuration qu’avec les revolvers modèle 1892 fabriqués hors de la MAS (« acier forgé », etc).
L’UFA les classe d’autant plus volontiers en catégorie D2, qu’il est impérativement déconseillé de tirer aujourd’hui avec ces armes en métal fondu, n’ayant pas toujours bénéficié du contrôle d’un banc d’épreuve et qui ont souvent bien plus mal vieilli que les authentiques Colts Single Action.
Copie, falsification, contrefaçon, reproduction ou refabrication ?
La nouvelle législation et son texte d’application : le décret du 30 juillet 2013, comportent en préambule beaucoup de définitions de termes dont l’exacte compréhension est d’une grande importance pour une bonne interprétation de ces textes.
Malheureusement, il y a aussi beaucoup d’autres termes, tout aussi importants, qui n’ont bas reçu de définition.
Le terme « reproduction d’arme » est défini comme : « arme à feu reproduisant à l’identique une arme ayant existé dans sa forme et son fonctionnement ». Par contre, les définitions des termes « contrefaçon » et « refabrication » ont été oubliées. Notons que dans cette l’expression « reproduisant à l’identique une arme ayant existé etc. » introduit une notion temporelle, qui permet de comprendre qu’il s’agit d’une arme fabriquée actuellement "qui reproduit à l’identique la forme et le fonctionnement d’une arme ancienne »
L’UFA propose de compléter les lacunes existantes dans le préambule des nos textes réglementaires en apportant les définitions suivantes pour les termes « refabrication » et « contrefaçon » :
– une « refabrication » est la remise en production par le fabricant d’origine d’un modèle dont la fabrication a été arrêtée plusieurs années auparavant. C’est par exemple le cas des fabrications de revolvers « Single Action Army » relancées à partir de 1958 par Colt, alors que ce fabricant avait arrêté la fabrication de ce modèle en 1941, à la veille de l’entrée en guerre des États-Unis.
– une « contrefaçon » est une fabrication, généralement faite sans licence, d’un modèle d’arme donné, par un fabricant qui n’est pas celui d’origine. La contrefaçon est généralement contemporaine de le fabrication du modèle d’origine et elle est conçue, soit pour palier un défaut de ravitaillement (comme le furent par exemple les copies de Sten fabriquées par le Viet Minh ou par les mouvements sionistes), soit pour réaliser un bénéfice frauduleux en produisant à bas prix une arme proche d’un modèle réputé, pour lequel existe une forte demande mais dont la version authentique est trop coûteuse pour le marché local. C’est par exemple le cas des copies chinoises de pistolet Mauser modèle 1896 ou des contrefaçons belges de Webley RIC.
La « contrefaçon » cherchait généralement à tromper l’acheteur de l’époque en lui faisant croire qu’il achetait à petit prix une arme authentique alors que ce n’était qu’une falsification. De ce fait, ses marquages contrefont avec plus ou moins d’exactitude les marquages authentiques. La contrefaçon doit donc bien être distinguée de la « reproduction », qui est ouvertement produite comme telle, bien des années après l’arrêt de fabrication du modèle d’origine, afin de mettre à la disposition des tireurs et des collectionneurs un modèle devenu difficile trouver, du fait de la raréfaction des armes d’époque (par exemple les reproductions de revolvers Colt ou Remington à poudre noire par certains fabricants italiens).
Si la législation est très claire quant aux reproductions, en classant en catégorie B les reproductions d’armes de poing tirant des cartouches métalliques et en catégorie D2 celles d’armes de poing se chargeant par la bouche, elle est muette sur le classement des contrefaçons d’époque.
| Fabricants : Liège, Eibar, Mexico. Longueur : 350 mm, Canon : 186 mm, Poids : 1220 g, Calibre : 44-40, Capacité : 6 coups, Marquages : Sur le canon : Col’s PT F.A.M. FG Co Hartford CT USA Sur le bàti : PAT Sept 19 1871 " July 2 1872 44 CAL Jan 19 1875. Sur le 1890, le renfort inférieur du canon, qui rappelle les Remington à percussion, disparaît. Notez la forme de la poignée du pistolet et le montage de la platine identique à la contrefaçon. |
Source : Gazette des Armes N°189 de mai 1989
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Le climat d’insécurité et les longues années de guerre civile que connut le Mexique favorisèrent le trafic d’armes et la prolifération de contrefaçons d’armes à bon marché.
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