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Les M14 militaires, transformés et commerciaux.

mardi 19 juillet 2022, par Une réunion d’experts de divers horizons

Cette page fait partie d’une suite d’articles donc le but est de chercher à discerner les éléments factuels qui pourraient faire classer une arme dans la catégorie A1-11° [2] ou dans l’une des autre catégories et paragraphe A ou B.


Le M14 est une évolution du fusil Garand M1. IL a été adopté en remplacement de ce dernier dans l’armée américaine de 1954 à 1967 date à laquelle il a été remplacé par le M16.

Le M14 a été produit par quatre fabricants : l’arsenal d’état Springfield Armory, Winchester, Harrington & Ridcharson et TRW (Thompson – Ramo – Wooldridge).
Le M14 se différencie du Garand M1 par les améliorations suivantes :
- Le calibre 7,62 OTAN à la place du 30-06 ;
- Un chargeur amovible de 20 coups ;
- Un système d’emprunt de gaz amélioré ;
- Un boîtier permettant le montage d’une lunette sans modification de l’arme ;
- Mais aussi la possibilité du tir automatique grâce à un sélecteur.

Actuellement, un M14 civil exclusivement semi-automatique est produit par la société privée Springfield Armory (rien à voir avec l’arsenal éponyme fermé en 1968) sous le nom de M1A. Notez que les chinois Norinco et Polytech produisent eux aussi des copies de M1A sous les dénominations « M305 », « M14S », « M14 Sporter » voire même « M14 » pour Norinco et « M14/S » pour Polytech. A noter également que la Chine nationaliste a produit une copie de M14 munie d’un sélecteur sous le nom de type 57.
Tous les M14 militaires sont construits d’origine pour tirer en rafale, cependant classer systématiquement un M14 à boitier militaire en catégorie A1 semble excessif et va au-delà de la stricte application de la règlementation. S’il est sorti d’usine directement équipé de son verrou à la place du sélecteur de tir, il devrait être classé en catégorie B2. Cela malgré la présence des pièces d’automaticité. Il n’y a pas eu de « transformation » au sens strict du terme, puisque l’arme est sortie d’usine ainsi [3].
L’article R311-2 du CSI classe en A1-11° : Armes à feu à répétition automatique transformées en armes à feu à répétition semi-automatique, en armes à feu à répétition manuelle ou en armes à feu à un coup.
Pour le classement en catégorie A1-11°, il faut donc remplir deux conditions : que l’arme (c’est à dire une arme entière) ait été automatique et qu’elle ait été transformée.
Dès lors que l’arme est sortie de l’usine directement en semi-auto d’usine, on ne peut pas dire qu’elle est en A1-11.
Cela n’a rien à voir avec la présence ou pas de pièces typées « automatiques ».
Les exemples ne manquent pas : Un FAL belge automatique transformé en semi-auto est en A1-11 alors même que l’auto-sear avant a été supprimé. Sur un FAL anglais, semi-auto d’origine, l’auto-sear est présent car servant aussi de sur-sécurité à la fermeture, pourtant il est classé en B 2° (voir article). Idem pour un Zastava M 76 (voir article) qui conserve le connecteur d’automaticité des M70 militaires.

Pour en revenir au M14, dans les années 70-80 quelques M14 militaires ont été commercialisés sur le marché civil, souvent ceux-ci ont subi des modifications supplémentaires afin de rendre une rétro-transformation extrêmement difficile, voire impossible sans moyens industriels si l’on considère les contraintes de durabilité, de sécurité et de fiabilité définies par le fabricant. Il faut bien penser que les pièces d’automaticité ne sont pas accessibles légalement pour un particulier et que tous les états américains refusent la vente de pièces détachées d’armes en dehors des États-Unis (y compris de simples vis).
Notez que les M14 National Match et les M21 possèdent aussi toutes les pièces de tir en rafale. Pour le moment, ces versions semi-automatiques destinées au tir de précision et fabriquées à partir d’un boitier militaire ne figurent pas encore dans le RGA, (à l’exception d’un M21 sur base d’un M1A). Leur classement en catégorie B2 parait évident.

Les M14 militaires classés en catégorie A2-1°
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Le M14 militaire
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Gros plan sur la partie inférieure d’un boîtier militaire
Voyons le mécanisme de tir sélectif en détail sur le M14 militaire :
- Le connecteur, flèche verte ;
- Le sélecteur de tir, sa goupille de fixation et son ressort cercle bleu ;
- La « gâchette automatique » (disconnecteur dans la nomenclature US) et son axe, flèches rouges.
Bien évidemment, ces pièces sont absentes des versions civiles M1A et ne peuvent s’y monter.
L’échancrure entourée en rouge est destinée à dégager la pièce de manœuvre lors du démontage de l’arme. Cette entaille est typique des boîtiers militaires, le connecteur possède un tenon qui s’engage dans cette encoche pour maintenir la pièce de manœuvre et éviter qu’elle ne « saute » hors de l’arme pendant le tir.
L’excroissance entourée en vert est aussi typique des boitiers militaires, c’est le support du sélecteur de tir et de la « gâchette automatique ». Il est usiné dans la même masse de métal que le boitier. Bien évidemment, ces usinages sont absents des versions civiles M1A
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Détente et séparateur du M14
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Pièce de manœuvre
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Crosse militaire
L’entaille en rouge permet le passage du sélecteur de tir.

Sur la détente et le séparateur du M14, l’excroissance entourée en rouge en arrière gauche du séparateur est aussi typique des M14 militaires. Lors du tir par rafales, la « gâchette automatique » impacte cette protubérance et déclenche le marteau.
La pièce de manœuvre militaire comporte une encoche dans laquelle s’engage l’extrémité antérieure du connecteur.

Les M14 modifiés classés en catégorie A1-11°
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M14 avec son sélecteur de tir en place, sur ce cliché le sélecteur est en position automatique, lettre A orientée vers le tireur. Une rotation d’un demi-tour, le connecteur avance et est alors hors de portée de l’échancrure sur la pièce de manœuvre le fusil tirera en semi-automatique.

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La modification la plus simple consiste à remplacer le sélecteur de tir par le verrou prévu à cet effet. Sur ce cliché, le fusil est bloqué en mode semi-automatique, beaucoup de M14 sortaient de fabrication ainsi. (Dans l’encadré rouge, le verrou de sélecteur de tir.)

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A gauche : Généralement sur les versions civiles ou semi-automatiques comme les M14 National Match, le séparateur a été tronqué de quelques dixièmes de millimètres, c’est suffisant pour que la gâchette automatique ne l’actionne plus, le tir automatique est impossible. Cette modification se rencontre surtout sur les M14 National Match et le M21.

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Une modification, plus rarement rencontrée, consiste à supprimer le crochet sur la partie antérieure du connecteur. Même avec le sélecteur de tir en place, cette transformation rend le tir automatique impossible.


Ces quatre clichés à gauche montrent un
M14 modifié par suppression du support du sélecteur de tir (cercle bleu). L’absence de l’encoche spécifique au M1A (flèche rouge) servant à démonter la pièce de manœuvre (voir en fin d’article) et la présence de l’entaille précédemment citée (cercle rouge) ne trompe pas sur l’origine militaire de l’arme.


Une autre modification, plus rarement rencontrée, consiste à supprimer purement et simplement le support du sélecteur de tir et de la gâchette automatique. Dès lors, il est également impossible de remettre en place le connecteur. Un œil non averti pourrait interpréter une arme ainsi transformée comme étant un modèle commercial de type M1A. Cependant, l’échancrure destinée à dégager la pièce de manœuvre lors du démontage de l’arme est typique des boîtiers militaires comme expliqué en début d’article. Par ailleurs, et heureusement, cette modification est rarissime, car le connecteur tient en place la pièce de manœuvre. Il n’est alors pas impossible que le levier d’armement quitte son rail de guidage fraisé sur le côté droit du boitier pendant le tir, endommageant l’arme et/ou blessant le tireur…
De plus on se rend compte du caractère irréversible de cette transformation, celui qui aurait les moyens et les compétences de remettre en état un M14 ainsi mutilé pourrait tout aussi bien modifier un M1A en tir automatique.



Les M14 commerciaux type M1A Classés en catégorie B2°
La différence principale entre les M1A et les M14 militaires consiste en un boitier de culasse spécifique ne permettant en aucune façon d’adapter des éléments de tir automatique.

Ici une copie de M1A de fabrication chinoise vendue sous la marque Jager au début des années 1990. Les M1A Springfield sont identiques.
On notera :
- L’absence du support de sélecteur, cercle bleu ;
- L’encoche spécifique des M1A servant à démonter la pièce de manœuvre, cercle rouge ;
- L’absence de l’entaille destinée à dégager la pièce de manœuvre sur les modèles militaires, comme précédemment expliqué, cercle vert.

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Pièce de manœuvre spécifique à certaines productions commerciales (surtout chinoises) , on notera l’absence du fraisage dans laquelle s’engage le crochet du connecteur. Tous les Springfield M1A que nous avons le loisir d’observer étaient pourvus de bras de manœuvre militaires.


Outre les marquages, déterminer si un M14 est d’origine militaire ou commerciale est chose simple. Cela ne veut pas dire pour autant que déterminer son classement en catégorie B2 ou A1 soit aussi simple. En effet, des M14 possédant toutes les caractéristiques des modèles militaires sont sortis d’usine uniquement en mode semi-auto. Les tribunaux administratifs vont s’en donner à cœur joie devant les querelles d’expert.

Attention, un hirondelle n’annonce pas forcément le printemps !

Ci contre le LDT M14 de chez LuxDefTec S.A..
- LuxDefTech propose des M14 depuis une dizaine d’années, le phénomène n’est donc pas récent. il devient intéressant que depuis le surclassement de certaines armes en A1 11° en 2018.
- Cet armurier luxembourgeois n’est en fait qu’un "assembleur". Il ne fabrique pas de M14 mais les monte à partir de sources diverses, qui peuvent être américaines (dans ce cas militaires) ou chinoises (divers fabricants), et donc relever de catégories différentes en fonction de l’origine des pièces (d’ailleurs souvent remaniées et/ou re-marquées). Par conséquent certaines peuvent être classées en B 2° e) et d’autres en A1-11°..
- Si les tribunaux administratifs sont submergés de saisines suite à des querelles de classement contradictoires, il leur suffira de se référer au classement effectué par le S.C.A.E., institué juridiquement comme seule autorité de classement depuis le décret du 30 avril 2021 (Art2) !

Rel. L- 23/07/22

 

[1Armes à feu à répétition automatique transformées en armes à feu à répétition semi-automatique ;

[2Armes à feu à répétition automatique transformées en armes à feu à répétition semi-automatique ;

[3L’adage « automatique un jour, automatique toujours » s’applique, encore faut-il que l’arme ait été automatique.

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