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Editorial d’Action N° 363 mai-juin 2015

Et pourquoi pas les voitures ?

mercredi 25 mars 2015, par Philippe Couvreur

Il ne se passe guère de semaines sans que des médias en mal de sensationnel ne dissertent sur "l’arsenal des Français", en suggérant que celui-ci est pléthorique du fait d’un accès aux armes encore trop facile, qu’il échappe en pratique à la plupart des contrôles et serait à l’origine de nombreux drames facilement évitables.

Et si en France les voitures étaient réglementées comme les armes à feu ?

L’ensemble du parc automobile se verrait tout d’abord classé légalement en plusieurs catégories, avec des quotas imposés sur certaines catégories. Seuls les véhicules de collection seraient accessibles à tous facilement sans justificatifs ni déclaration. La possession de la majeure partie des autres modèles serait réservée aux seuls utilisateurs pouvant justifier d’une raison valable de rouler, le tout assorti d’une adhésion annuelle obligatoire (avec licence payante) à une association reconnue par les autorités.

La détention et l’utilisation des plus grosses cylindrées (présentant une "dangerosité avérée", car les plus accidentogènes) nécessiterait un permis spécial délivré par la préfecture, et dont l’obtention serait assujettie à un processus long et compliqué : avis favorable de la structure délégataire, certificat médical d’aptitude, présentation de la licence valide de l’année, enquête de moralité [1] et certificat d’assiduité justifiant d’un minimum de km parcourus chaque année, en plus de l’examen initial. Ce permis devrait être renouvelé tous les cinq ans, avec fourniture impérative de toutes les pièces justificatives dûment actualisées !

Les conditions de stationnement seraient strictement encadrées selon la catégorie : pièce fonctionnelle démontée et réservoir vide sur la plupart des voitures dès qu’elles sont à l’arrêt, garage "bunker" sécurisé pour les plus puissantes. L’utilisation ne pourrait s’effectuer que pour un motif légitime et sous certaines conditions techniques restrictives (type coupe-circuit automatique). De toutes façons, la conduite ne pourrait s’effectuer que dans certaines zones et sur certains parcours très limités (par exemple grands axes routiers et voies prioritaires).

La cession (don ou héritage) ou la vente du véhicule ne pourrait s’effectuer qu’à une personne autorisée justifiant des mêmes dérogations au droit commun. En cas de cessation d’utilisation avérée (ou de non observation d’une des contraintes mentionnées plus haut), le propriétaire - usufruitier serait un terme plus approprié - serait tenu sans délai par la loi de céder, rendre inutilisable ou détruire son véhicule, sous peine de forte amende et de peine de prison.

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Pour être équitable, il faudrait imposer les mêmes contraintes aux automobilistes que celles qui pèsent sur les propriétaires d’armes à feu.
Impossible : cela fait trop d’électeurs...

Enfin, le passage d’une frontière avec le véhicule - même à l’intérieur de l’espace Schengen - ne pourrait avoir lieu sans l’établissement préalable d’un passeport spécial supplémentaire [2].

Je sais, cette fiction que je viens d’énoncer semble parfaitement grotesque et irréaliste. La route tue pourtant aujourd’hui en France deux fois plus que les armes à feu [3]. Alors cherchez l’erreur !

Si ce cauchemar a peu de chances de se réaliser un jour, ce n’est pas parce que nos dirigeants n’ont pas pris la mesure des enjeux, mais plutôt qu’à l’instar de tant d’autres corporations, lobbies et groupes de pression, les automobilistes constituent une manne (et aussi un électorat : 38 millions de véhicules) qu’il convient de ne pas trop pousser à bout. Encore 3 500 morts par an ? Ne bridons pas les moteurs, ajoutons plutôt des radars !
C’est un peu comme si on décidait d’instaurer une taxe spéciale sur les tirs sauvages dans les banlieues sensibles...

Comment, des apprentis-terroristes arrivent à se procurer AK et lance-roquettes ? Alors pour la paix civile et la sécurité de tous, traquons sans merci les papys collectionneurs, car ils risqueraient de disséminer leurs Mauser 1898 et leurs revolvers 1892.


[1Un permis de conduire sanctionné par un examen existe bien sûr mais il est valable indéfiniment, et il n’est pas exigé pour l’achat d’une voiture, pas plus que le concessionnaire n’est tenu de vérifier sur une banque de données le profil de l’acheteur (bonne moeurs, infractions commises, fichage éventuel sur une liste de personnes interdites)

[2Non reconnu toutefois par certains pays (comme la Grande-Bretagne et la Suisse par exemple) qui imposent des conditions et/ou restrictions nationales particulières.

[3Morts par armes à feu en 2010 : 1 736 (dont 1 609 par suicides et accidents), morts sur la route cette même année : 3 994 (environ 3 400 en 2014).

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