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Tirer avec une arme ancienne

Histoires veccues

jeudi 3 janvier 2008, par Jack PUAUD

Se faire plaisir en tirant avec une arme ancienne, c’est compréhensible, mais provoquer des accidents, c’est inacceptable. Aussi, il est des règles à respecter en ce qui concerne la sécurité si simples qu’elles se résument en quelques lignes :

- Ne jamais viser quelqu’un avec une arme même avec la certitude qu’elle est vide... Je me souviens que de passage un soir dans une cave campagnarde au pays du muscadet, nous parlions d’armes.

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Jean-René Clergeau et Jack Puaud

Fixé sur une poutre trônait un fusil juxtaposé à chien

L’arme n’était pas une arme de luxe mais un classique flingot dont l’ouverture s’opérait en faisant pivoter la clef située sur le dessus ?, un classique deux coups calibre 12 à percussion centrale...
Après avoir demandé l’autorisation au propriétaire de le décrocher pour l’examiner, ce qui, soit dit en passant doit être de règle avant toute manipulation, il ne s’agit pas de sécurité mais de courtoisie dont semblent de plus en plus manquer les visiteurs des bourses aux armes, je décrochais le fusil.
Le propriétaire en me tendant un verre du précieux nectar me dit, ça mon gars il m’a tué des tonnes de gibier, hier au soir j’étais au pigeon à la volée mais j’ai rien vu ! Hélas au basculage des canons j’ai vu deux belles cartouches rougissantes (de honte) sortir des chambre, sans dramatisation on peut se demander ce qu’il serait advenu si les enfants du chasseurs....
Le plus gêné n’était pas celui que l’on pense.

S’assurer toujours que l’arme est vide.

Opération aisée pour un fusil à chargement par la culasse, mais toujours délicat pour un fusil se chargeant par la bouche !
Prendre une baguette puis après introduction dans le canon, faire une marque sur celle-ci, l’extraire du canon et la poser à l’extérieur sur celui-ci.
La baguette doit se positionner en face la cheminée, sinon l’arme est chargée.

J’ai deux exemples à vous donner :

  • J’ai commandé un jour un fusil 1777 à une grande société de vente par correspondance.
    L’arme était superbe, la platine dont le chien était équipé d’un superbe silex devait produire de superbes étincelles... Après le contrôle obligatoire avec la baguette celle-ci était encore chargée.
    Contacté, le vendeur accepta bien volontiers de procéder à ses frais au déchargement du fusil par un armurier compétent de sa société, bien entendu la prise en charge des frais de transport souligna le sérieux de la société... Comme on dit de façon triviale il était passé en maille.
  • Un article publié dans l’excellente revue Cibles bien connue des amateurs d’armes et de tir nous raconte les tribulations d’un vénérable pistolet 1822TBIS.
    Pendant de longues années il passa de mains en mains, il fut l’objet envié par tous les enfants du coin, tant sa possession amenait un plus dans les jeux guerriers de nos "cow boys" pré-pubères, puis un jour à la fin d’un repas de famille le père prend l’arme, raconte un peu son histoire puis, visant après avoir armé le chien la porte de la salle de séjour appuie sur la détente....Une détonation monstrueuse, un gros nuage de fumée, un trou énorme dans le bas de la porte....Pourtant il n’y avait pas d’amorce et combien de fois ces gestes avaient ils étés fait ?

- Toujours être curieux
Le fait de n’être pas armurier n’empêche en rien d’être curieux et de démonter l’arme qui est vide, pour vérifier son état.
Un ami de la région nantaise vendait un fusil japonais Arisaka rechambré dans un calibre civil.
L’arme était superbe, extérieurement pas un poinçon ne manquait, le bronzage parfait, même le calibre était indiqué c’est dire ! Vite une boite de cartouche et hop, sans perdre un instant au stand. La cible installée, la munition introduite, vite feu...
Un grand bruit, des éclats de bois et quelques doigts en moins après, on s’aperçoit que le beau japonais avait eu un trou de percé en dessous du tonnerre.
Pourquoi ? Nul ne sait et ne saura jamais, la même mésaventure m’est arrivé sur un mousqueton 1842, mais je suis curieux...

Le fusil Chassepot est un fusil merveilleux, il a fait ses preuves n’est ce pas ?
Oui mais un tireur de chassepot connaît il la mésaventure arrivée à un de ses collègue il y a quelques années ?
La journée de championnat avait bien commencé, le chassepot marchait bien quand, tout à coup, le marteaux et la tige porte aiguille fusa de la culasse mobile pour aller violemment percuter le front du grand blessé, car tel était son nouveau titre !

Que s’était il donc passé ?
Rien ou presque si ce n’est qu’une rupture au niveau du porte aiguille, celui-ci n’étant plus retenu, fusa avec son marteau dans la face du compétiteur...
Il n’y a que la pratique et la fréquentation de tireurs qui vous raconte ce type d’anecdote, aujourd’hui les connaisseurs après avoir fileté l’arrière du porte aiguille mettent un écrou qui en cas de rupture bloquera l’ensemble. Combien connaissent ce danger, et tirent avec le roi de la cartouche "merdique" et de l’encrassement ?
Lorsqu’une cartouche métallique chambre mal, il n’est pas utile de tenter avec un maillet de forcer le destin.

Sécurité du fusil chassepot
Il faut pour cela fileter la partie antérieure du porte aiguille sur environ 1cm à partir de la mortaise ou s’encastre la partie mâle portant l’aiguille.
Un écrou au diamètre et au pas du filetage réalisé sera vissé et bloqué au frein filet (loctite) pub gratuite, avant montage de l’aiguille.
A noter que cette opération est très délicate et devra être réalisée par un armurier professionnel ou un ouvrier mécanicien compétent. L’opération exige une filière en acier spécial et bien coupante en raison de l’acier particulièrement dur de l’axe. Dans l’ensemble l’outil peut être considéré comme HS après ce travail.
Bien entendu il faudra changer le joint et l’aiguille ( en vente au Hussard) et bien se dire, que, tirer avec une telle arme, d’où elle provienne, même du Hussard dans un état proche du neuf, c’est assumer ses responsabilités envers soit même ou les autres en cas d’ accident grave, parfois mortel. Les aciers de l’époque on parfois très mal vieillis et des réparations, contraintes hors norme ou bidouillages passés, invisibles à l’oeil le mieux exercé peuvent hélas se revêler catastrophiqueslors de tirs.

Je persiste et signe :
La place d’une arme ancienne d’époque de collection demeure le ratelier !

- J’ai fait cette expérience avec une carabine de cavalerie gras !
La cartouche utilisée chambrait mal, alors avec un petit coup de maillet... Fausse manoeuvre, le coup part... Au résultat éjection violente de la cartouche qui au passage m’entame la peau du ventre, départ de la balle qui traverse un mur de brique cassant du mobilier au passage et m’invitant à me pencher sur le plaisir des travaux du bâtiment...

- Après l’évocation de l’incident de la carabine Gras, je vais vous raconter une mésaventure du même "tonneau".

Un ami, tireur et collectionneur confirmé, essaye au pas de tir un pistolet 1777 à silex.
Tout se passe bien quand tout à coup rien ! Le bassinet s’ouvre normalement, de belles étincelles jaillissent, mais le coup ne part pas !
Pourtant l’amorce est consumée... Sagement après avoir attendu quelques secondes l’arme dirigée ver la cible, notre ami décide de remettre à plus tard l’utilisation du pistolet, et d’attendre le retour à la maison pour examiner plus sereinement la cause de ce raté.
De retour à son domicile, après avoir rangé son barda, il se rend dans sa salle de séjour bien décidé à élucider l’incident.
Avec ce bon éclairage pas de problème ! J’arme le chien, je baisse la batterie sur le bassinet vide, la mécanique est bonne, le ressort bien trempé... Je saisis le chien en appuyant sur la détente pour le mettre au repos... Zut ! Il m’échappe des mains et allume la charge sans doute grâce aux quelques grains de poudre échappés de celle-ci, le coup part dans le superbe buffet louis XV... Jamais parait il son épouse n’était monté aussi haut dans la gamme lors de ses vocalises... Mais il s’en tire plutôt bien.

- Ce satané fusil 22 LR les munitions, vieilles sans doute, occasionnent l’incident de tir.
La balle est restée coincée dans le canon. L’arme qui n’a pas de baguette est devenue inutilisable !
Heureusement se présente un "expert" qui va dépanner l’engin !
Je me suis dis : " chez moi des cartouches pour clouteuses à béton, avec çà pas de problème."
L’arme chargée de cette cartouche est prête à faire feu... Epaulée le tireur réfléchit et décide de tirer à la hanche (comme quoi il y a un bon Dieu pour les abrutis) l’arme dans une détonation d’une violence inouïe éjecte la balle... Mais également la culasse à une dizaine de mètres en arrière, dans un parterre de rosiers qui n’en demandaient pas tant.
Toute la visserie était sectionnée à ras l’arme s’était déculassée d’elle-même.
Avec frayeur et sans grande imagination on peut s’imaginer ce qui sera advenu du tireur si celui-ci avait épaulé.....

Dans diverses brochures je pense en particulier, entre autres, au célèbre Malfatti, on indique aux tireurs les divers éléments entrant dans le chargement des munitions de telle ou telle arme.
Mon Dieu, pourquoi s’arrêter à ces considérations, il suffit de mettre de la poudre, n’importe laquelle et le plus possible, c’est plus classe !
Parfois attablé à coté d’un de ces tireurs il m’arrive de lui demander si le but est de percer du carton ou de chasser l’éléphant ?

A chaque coup qui part non seulement même avec le casque vous en prenez plein les oreilles mais en plus vous ressentez le souffle sur le front.
Je connais un tireur sportif, qui a, pardon, qui avait un beau Mauser...
Viril le copain, solide le Mauser K98, à chaque départ de coup tu sursautais en raison de la violence du tir, pas raisonnable !
La charge n’était pas complètement consumée et les amorces gonflaient et lui nous "gonflait " aussi, mais le vieux K98 supportait... Il en avait vu d’autres des abrutis au cours de sa longue vie de fusil...
Un jour le coup fut encore plus violent... Impossible d’ouvrir la culasse, tout était déformé, bloqué... Les munitions examinées révèlent que par distraction certaines sont à double charge...
Le bel outil est mort, l’abruti s’en sort bien et continue ses exploits avec un US17.

Il y a quelques années une série d’articles évoquaient toujours dans cibles le danger qu’il y avait à utiliser des munitions d’époque pour les raisons suivantes :
- Certaines cartouches rares sont dignes de collection.
- Certaines munitions âgées sont détériorées et les composants chimiques à la longue peuvent se révéler dangereux.
Mais surtout de nombreuses munitions ont été piégées par les belligérants, y compris dans des guerres comme celles d’Indochine ou d’Algérie.
Utiliser des munitions anciennes d’origine c’est tout bonnement jouer à la roulette russe.

De nombreux accidents sont à déplorer, quelques mutilés de la face principalement, mais hélas aussi des décès.

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