Dans le tableau il y a aussi un Springfield 1903 à l’état d’épave, un autre en parfait état ainsi qu’un P08 d’artillerie de 1914. Ces trois armes stockées en sécurité avec culasse dans le coffre-fort étaient en attente de neutralisation. Il y a bien un moment entre celui où le musée reçoit un don de particulier et celui ou il accomplit les formalités légales !
Qu’expose-t’on dans un musée du débarquement ?
Principalement des objets concernant cette période. D’ailleurs le musée est très connu des Américains qui y viennent en pèlerinage chaque année. Le musée fait partie “de l’Espace Historique de Normandie" et il est naturel d’exposer tout ce qui a pu être utilisé lors du débarquement. La douane a saisi ce qu’elle appelle des explosifs, bien que les objets soient tous vides de leur contenu de poudre ou amorçage, un panzerfaust inerte du 1er mle avec sa peinture d’origine. Il servait à expliquer avec quoi les Allemands avaient stoppé les premiers chars US débarqués à Utah Beach.
Or, la règlementation autorise les musées à détenir des “munitions de toutes catégories" sans en préciser les modalités.
Ils ont le droit, c’est tout !
Comportement pittoresque
Durant la perquisition, les douaniers ont eu un comportement “infantile" en se déguisant avec les uniformes de l’établissement, jouant avec une balle magique prise dans la boutique souvenirs ou encore poursuivant leur collègue maître-chien pour essayer de la badigeonner avec un stick de camouflage facial également pris dans la boutique souvenirs.
Le directeur du musée, Michel De Trez indique que « Le musée est entièrement équipé de cameras video de surveillance qui ont filmé l’intervention des agents des Douanes et enregistré le son », il déclare également « Je m’insurge devant les allusions claires qui ont été faites quant à nos accointances avec des groupuscules néo-nazis et notre volonté de propager l’idéologie nazie par l’exposition d’un drapeau à croix gammée. »
La saisie du FG 42
Il semble que c’est bien cette arme rarissime que la douane venait chercher, bien que le musée soit en règle au regard de la règlementation des armes. Mais il n’avait pas de facture [5] prouvant que les armes étaient rentrées légalement en France. Dès lors, au titre de l’Art 215 du code des douanes, ces armes sont réputées de contrebande. Mais à l’époque où les allemands on “importé" ces armes, il n’y a pas eu de déclaration en douane.
À l’époque, les Allemands et les Alliés n’ont pas déclaré leurs armes aux douanes !
| C’est ce qui ressort d’un récent arrêt en appel [6] qui précise parfaitement les choses :
"… le délit d’importation en contrebande… ….ne peut être juridiquement constitué que lorsque les pouvoirs publics sont en mesure de contrôler les mouvements de marchandises entrant en France. …il est connu de tous… … que : …la Cour écartera donc du champ des poursuites douanières, les armes introduites dans ces circonstances, et détenues jusqu’à la fin de l’année 1945, date à laquelle les pouvoirs publics français rétablis sur le territoire français, ont pu exercer à nouveau leurs prérogatives." |
Michel De Trez explique encore “qu’il ne manquera pas d’informer les nombreuses Associations de Vétérans Alliés avec qui il est en contact permanent, que la France estime bon de saisir les vestiges, témoins de leurs sacrifices, sous prétexte qu’ils auraient dû acquitter des taxes en débarquant en Normandie ! A la veille du 65e anniversaire du débarquement cela risque de faire tache !"
L’affaire devient politique
Même si cette affaire de bavure n’est pas la première, elle tombe cette fois-ci sur un citoyen belge qui a décidé de ne pas en rester là. Trois jours après les faits, il a écrit une lettre de 5 pages au préfet de la Manche, dont il a envoyé la copie à tout le monde : Ministre de la Défense, de l’Intérieur, du Budget, députés, sénateurs, directeur des douanes etc…
Des parlementaires se sont émus de cet incident et ont posé des questions écrites au Ministre du Budget, notamment en demandant “quelles sanctions il compte prendre pour de tels débordements".
Affaire à suivre !
| Un musée peut détenir des armes de 1re et 4e catégories et des munitions de toutes catégories aux conditions suivantes :
– être ouvert au public, [7] – comporter des mesures de sécurité des locaux, une pièce essentielle doit être retirée, – obtenir l’autorisation du préfet et un registre des collections doit être tenu. [8] |
Paul Dubrunfaut est conservateur au Musée Royal de l’Armée à Bruxelles
Paul Dubrunfaut, (conservateur au Musée Royal de l’Armée à Bruxelles) [9] de passage à nos bureaux, est interpelé par cette situation. Neutraliser une telle arme dont il ne reste que peu d’exemplaires dans le monde, serait une injure à notre devoir de conservation du patrimoine. En Belgique, depuis 1991, les associations de collectionneurs, en collaboration avec les ministres et fonctionnaires des gouvernements successifs, ont oeuvré précisément pour que soient reconnues les armes des deux guerres mondiales comme des objets à sauvegarder au nom du “devoir de mémoire" pour les générations futures. Dans notre musée, nous sommes fiers de posséder pas moins de 4 FG 42 dont 3 du premier modèle et un du second modèle encore plus rare. Aucune de ces armes n’a été neutralisée, la direction du Musée étant parfaitement consciente de leurs richesses historiques. Depuis 20 ans, une politique de neutralisation a néanmoins été suivie dans cette institution scientifique de l’Etat. Essentiellement pour permettre la mise en dépôt et le prêt d’armes pour des expositions extérieures en Belgique ou à l’étranger.
Le FG 42 reproduit par le japonais Shoei. Il a le poids, le look, l’aspect de l’original, mais ce n’est pas un original. Cette reproduction a été faite, à partir des exemplaires du musée de l’Armée de Bruxelles. Le premier exemplaire lu a été offert.
On comprend parfaitement qu’un musée privé soit attentif à ne présenter que des originaux |
| Les contrôles de douanes sont toujours désabilisants pour un collectionneurs, mais quand cela se passe dans un musée et que l’on saisie ce qu’il a le droit de posséder…. |



