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Des étoiles plein les yeux !

La valeur n’attend pas le nombre de billets

mercredi 17 juillet 2019, par Erwan

Voici deux ans nous assistions, dans une salle des ventes, à la dispersion d’une grande collection d’armes blanches au cours d’une vente aux enchères prestigieuse.
Le catalogue de la vente présentait d’exceptionnels sabres qui avaient été portés par les corps les plus prestigieux de l’Empire, de la restauration et aussi quelques modèles plus courants de la troisième République. En fin de catalogue apparaissaient des pièces moins prestigieuses que le commissaire-priseur avait raccroché à cette vente : des sabres rouillés, ayant probablement séjourné en terre à une certaine période : vendus à vil prix par lots de cinq ou six pièces liées par un fil de fer à la manière d’un fagot !

Les mises à prix des magnifiques sabres d’officiers aux lames ornées de décors bleus et or étaient rarement inférieures à plusieurs milliers d’euros, les sabres de troupe de la troisième République (tous en parfait état) étaient, eux, mis à prix à quelques centaines d’euros. En fin de vente, le commissaire-priseur brada pour quelques dizaines d’euros le fagot, les lots de sabres très rouillés.

Ayant acquis pour une modeste somme un sabre de cavalerie modèle 1822, très courant, mais qui nous avait séduit par son état parfait et son fourreau au numéro de l’arme, nous nous rendîmes après la vente au comptoir où les acheteurs devaient retirer et payer leurs acquisitions.

Sur ce comptoir, quelques heureux acheteurs d’armes d’exception signaient des chèques considérables avec des mines extatiques : chacun d’entre eux semblait avoir trouvé le saint Graal ! Alors que nous attendions pour retirer notre sabre, l’acheteur d’un fagot de sabres rouillés signa un chèque de 40 € : nous fûmes émus de voir qu’il avait autant d’étoiles dans les yeux que les enchérisseurs qui avaient acquis à haut prix un sabre de garde du corps de Louis XVIII ou un sabre marin de la garde impériale. Son acquisition allait le faire rêver pendant des semaines et lui apporter le bonheur de nettoyer chaque pièce au mieux et de tenter de reconstituer son histoire. Dans quelques mois, il présenterait ses trésors à ses amis venus le visiter et chaque pièce serait le véhicule d’un rêve ou d’une légende, chaque coup et chaque enfoncement serait la marque d’un combat, chaque point d’oxydation témoignerait d’une dissimulation glorieuse à l’issue d’un affrontement malheureux.

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C’est avec la même passion que ces deux lots d’armes blanches seront achetés aux enchères.

On affirme souvent que la collection d’armes est réservée à une élite dotée
d’importants moyens financiers : c’est sans doute vrai quand il s’agit d’acquérir des pièces d’exception dans un état de conservation parfait, mais cela ne s’applique pas à une foule de passionnés aux moyens modestes, qui méritent tout autant le nom de « collectionneur ». Ceux-là ne recherchent ni le placement, ni la plus-value, ni simplement le prestige attaché à la capacité d’acquérir des pièces de haute valeur. Ces collectionneurs-là sont animés par ce qui constitue la base de notre passion : détenir un objet qui fait voyager et rêver et qui nous offre un contact physique avec un témoignage du passé. En cela, ils méritent toute notre sympathie et tout notre respect !

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