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L’histoire pour les nuls et par les nuls

dimanche 22 mars 2020, par Erwan

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C’est toujours avec beaucoup d’ intérêt que nous regardons les émissions historiques diffusées sur les chaînes « Planète » de canalsat. La plupart de ces documentaires ont malheureusement été réalisés par des anglo-saxons dont la vision de l’histoire et celle du rôle de la France, diffèrent notablement des nôtres.

Certains documentaires réalisés sous la direction de véritables historiens sont d’une réelle qualité mais d’autres bâclés par de médiocres amateurs sont révoltants de médiocrité !
Outre le fond, parfois discutable, ces documentaires sont particulièrement irritants à cause du choix déplorable des archives cinématographiques d’époque, qui y sont montrées. D’une part, ce choix est souvent très répétitif et très conventionnel : par exemple toute évocation de l’éclatement de la seconde guerre mondiale comporte obligatoirement la sempiternelle image d’un Stuka amorçant un piqué sur fond de hurlement de sirène et l’explosion d’un char français [1] supposé avoir été touché par la bombe lâchée par ledit Stuka.

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Un bombardier Junkers à l’ouvrage.
Image vue dans des centaines de filmes.

Toujours les mêmes images

Lorsqu’il s’agit d’évoquer la défaite de 1940 , il est rare d’échapper aux traditionnelles images de la Wehrmacht défilant sur les Champs Élysées.
Par ailleurs, les images « d’époque » sont souvent truffées d’erreurs chronologiques : ainsi n’hésite-t-on pas à nous montrer des modèles de chars allemands qui ne sont apparus qu’en 1943, pour illustrer la percée du massif des Ardennes par les divisions blindées allemandes en mai 1940.
Il faut dire que les réalisateurs de ces émissions doivent produire à la chaîne des documentaires sur les deux guerres mondiales : les seules qui semblent intéresser les téléspectateurs ! Ne parlons pas des documentaires consacrés à Adolf Hitler dont on nous assène au moins quatre variantes par semaine : c’est à se demander comment on parviendrait aujourd’hui à meubler les programmes si ce personnage n’avait pas existé !
Quant aux documentaires mêlant documents d’époque et scènes reconstituées par des acteurs contemporains, ils atteignent le summum du ridicule. Si les costumiers sont généralement à la hauteur, les acteurs de seconde zone qui bouclent leurs fins de mois en tournant dans ces misérables productions n’ont manifestement aucune notion de la façon dont on doit porter un uniforme et compensent leur manque d’aisance et d’assurance en affichant un air rogue et une attitude crispée qui pourraient laisser penser qu’ils se sont assis sur un manche à balai ! Il leur aurait pourtant été facile d’étudier la dignité, la simplicité, le naturel et l’aisance de vrais chefs militaires en consultant des documents d’archives accessibles à tous ou en regardant simplement les interviews de l’actuel chef d’état-major des armées, le général Lecointre ou de son prédécesseur : le général de Villiers.

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Sans prétention historique, la Grande vadrouille avec Bourvil et Louis de Funès n’est que pour nous faire rire.

Les c..., cela ose tout...

Dans leur total mépris du public, les réalisateurs ne se sont même pas souciés d’engager un ancien militaire, qui aurait pu corriger les excès les plus grotesque, ou un collectionneur de véhicules, qui aurait fait supprimer les bandes filmées totalement anachroniques et aurait fait remettre les choses dans le bon ordre. Mais les réalisateurs à la petite semaine ne s’arrêtent pas à de tels détails. A chaque fois que nous tombons sur une de ces réalisations tournées « à l’arrache », nous ne pouvons-nous empêcher d’avoir à l’esprit la réplique de Michel Audiard « Les C.. : ça ose tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît » [2].

Le second reproche majeur que nous adressons à ces émissions, puisque la majorité d’entre-elles sont traduites de l’anglais [3] : c’est l’extrême médiocrité de certaines traductions, qui accumulent les contresens. Ainsi entend-on à propos d’une attaque des lignes ennemies, que « les ingénieurs avaient ouvert une brèche dans les barbelés ». Bien entendu, les « ingénieurs  » n’ont rien à faire dans cette aventure : ce sont des « sapeurs » qui ont pratiqué cette brèche (en anglais « engineers » signifie en effet « sapeurs », autrement dit « soldat de l’arme du génie »).

Dans une autre émission relative aux combats en Mésopotamie, on entend dire : « nos cantines étaient vides ». C’est bien sûr incompréhensible et pour cause : le nom anglais « canteen » signifie « gourde ». En l’espèce, la gourde c’était le traducteur !
On pourrait ainsi multiplier à l’infini ces exemples de manque de professionnalisme et de culture militaire de ces malheureux traducteurs.
Le talent et l’intelligence étant inégalement répartis entre les êtres humains, Il est possible à la limite de pardonner l’incompétence et la médiocrité, mais on aimerait que les réalisateurs (supposés intelligents et talentueux) aient l’humilité de s’entourer de conseillers de bon niveau.

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On ne peut aussi que dénoncer le pédantisme de certains commentateurs francophones. Ainsi, dans une récente émission évoquant le célèbre officier de blindés allemands Michaël Wittmann, le traducteur s’acharnait-il à prononcer à l’anglaise (« Taïgeur ») le nom du char Tigre utilisé par Michaël Wittmann.
Le nom allemand de ce char Tigre était « Tiger », qui se prononce approximativement «  Tiqueur », car en allemand , le « i » se prononce « i » comme en français et non « ai » comme en anglais. Le commentateur aurait donc dû parler tout simplement de «  char Tigre » et non essayer de « faire chic » et d’essayer de monter aux masses admiratives qu’il avait fait quelques années d’anglais au lycée en prononçant ce nom à l’anglaise : c’est aussi ridicule que de prononcer « Victor Hugo », « Victor Yougo » !


[1C’est toujours avec beaucoup d’intérêt que nous regardons les émissions historiques diffusées sur les chaînes « Planète » de canalsat. La plupart de ces documentaires ont malheureusement été réalisés par des anglo-saxons dont la vision de l’histoire et celle du rôle de la France, diffèrent notablement des nôtres.

[2Bernard Biler dans « Les Tontons flingueurs »

[3Nous ne pouvons que regretter les émissions de qualité, comme la série des « Grandes Batailles » que réalisait jadis Henri de Turenne pour la télévision française.

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