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BELGIQUE : lettre au Ministre de l’Intérieur

mardi 10 avril 2012, par UFA

Madame le Ministre,

Objet : suppression de la liste d’armes HFD

Je ne suis qu’un petit citoyen de 63 ans sans envergure, perdu dans la masse, et affligé de ce qui semble être aujourd’hui une énorme tare, à savoir que je suis, depuis plus de 40 ans, collectionneur d’armes anciennes.

Et je suis fâché et outré, Madame le Ministre, non seulement parce que vous voulez maintenant m’enlever tout ou partie de mon hobby pour des motifs pour le moins fallacieux, mais également parce que cette décision est, encore une fois, irréfléchie et totalement inutile.

C’est vous-même qui avez déclaré que la décision de supprimer la liste d’exceptions a été prise dans le souci d’éviter que la tragédie de la place St-Lambert à Liège ne puisse se reproduire.

Si ce souci est des plus louables, il n’en reste pas moins qu’en invoquant ce drame dans le cadre d’une limitation des armes en vente libre, vous mettez dans le même sac un vil criminel, un assassin, et plus de cinq cent mille honnêtes chasseurs, tireurs sportifs et collectionneurs, qui pratiquent leur sport et leur hobby dans le plus grand respect de la législation.
Ce genre de comparaison, Madame le Ministre, est tout simplement insultant et montre bien tout le cas que nos politiciens font de ceux qui les ont élus. Je pense que c’est une chose dont beaucoup se souviendront le moment venu.

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C’est au Ministère de la Justice que se déroulent les réunions du Conseil Consultatif des Armes. Tout est décidé d’avance. A la dernière réunion, il ne s’agissait pas de décider la suppression de la liste, mais bien des conséquences de cette suppression. Un parodie de démocratie.

En ce qui me concerne en tout cas, je n’accepte de quiconque qu’il s’arroge le droit de me comparer de près ou de loin avec ce genre de personnage. J’espère être clair.
Et puisque nous en sommes à parler de cette tragédie, Madame le Ministre, je voudrais vous poser en direct quelques questions, auxquelles j’estime qu’un citoyen honnête, contribuable champion du monde et grugé de tous côtés, a le droit d’exiger une réponse claire, précise, et surtout édulcorée de l’habituel blablabla somnifère que le monde de la politique a l’habitude de nous servir :

1. Comment se fait-il, Madame le Ministre, qu’un individu connu des services de police comme trafiquant en tous genres, ait pu se procurer une telle quantité d’armes, de pièces d’armes, de grenades et autres explosifs interdits, alors qu’il était en principe sous surveillance policière constante ?

2. Comment se fait-il, Madame le Ministre, qu’au lendemain de cette tragédie, on n’ait vu rouler aucune tête politique ou policière ?

3. N’est-on pas en train d’essayer de "noyer le poisson" et de masquer l’incompétence flagrante de notre gouvernement à endiguer le trafic et la vraie criminalité en s’en prenant à la cible la plus facile, à savoir un groupe de citoyens honnêtes, dont les activités n’ont aucun rapport avec ce drame ? Si demain il vous prenait l’idée de diminuer le nombre de morts par accident sur les autoroutes, allez-vous vous en prendre aux cyclistes ?
Si vous voulez arrêter des criminels, Madame le Ministre, il y en a assez dans les banques, la maffia de l’énergie, les groupements suspects ou les nombreuses bandes de gangsters est-européens, pour qui la Belgique est un pays de Cocagne où on laisse les criminels en liberté parcequ’il n’y a pas assez
de place dans les prisons et peuplé de citoyens apeurés, trompés par leurs propres dirigeants et n’ayant plus aucun sentiment de sécurité, et où certains sénateurs n’hésitent même pas à outrepasser leurs droits et à s’imiscer dans les affaires de la Justice pour garder chez nous un criminel notoire en séjour illégal depuis plusieurs années.

Les assassins, Madame, n’ont aucun intérêt pour les armes anciennes, tout simplement parce qu’il leur est très facile de se procurer les armes les plus modernes via un circuit parallèle que vous n’êtes absolument pas en mesure de contrôler, simplement parce que vous ne vous en donnez pas les moyens.
Quant aux grandes phrases du style "recherche proactive sur le terrain", c’est du blabla. Il serait bon que nos politiciens aillent de temps en temps eux-mêmes sur le terrain, histoire de savoir ce qu’il en est en réalité.

Pour en revenir à cette fameuse liste, qui a en son temps été rédigée par une "Commission d’Experts", il ne fait de doute pour personne qu’au sein de ladite Commssion, au moins un béotien a eu la possibilité de tripoter cette liste, d’y inclure un grand nombre de fautes, et ensuite de la publier. Je vous fais grâce de l’énumération de ces fautes.

Il ne me viendrait pas à l’idée de me considérer comme expert, mais j’ose quand même prétendre qu’après plus de 40 ans de collection, d’études, de recherches, de publications d’articles et de collaboration au plus grand site informatif du monde en la matière, j’ai quand même retenu une ou deux choses, du moins assez pour savoir un peu de quoi je parle. Cette liste d’armes anciennes ne doit pas être supprimée, Madame le Ministre, il suffit de demander à un connaisseur de la corriger. Je dis bien : un connaisseur, de préférence neutre et ne faisant pas passer ses idées personnelles avant la législation et l’intérêt général.
Je vous suggère d’ailleurs de lire ou de relire le commentaire du sénateur François Bellot à ce sujet, paru dans le magazine Chasse & Nature de février. C’est édifiant.

Quant à la crainte exprimée en rapport avec les munitions qui seraient à nouveau fabriquées, je me permets de vous signaler que depuis de nombreuses années, le firme française Fiocchi refabrique des cartouches à broche et d’autres munitions à l’usage des tireurs à l’arme ancienne ; par ailleurs, la poudre noire est également toujours accessible. Celà n’a jamais posé problème, et c’est une fable de dire que ces munitions se trouvent à chaque coin de rue au Luxembourg ou ailleurs, et qu’on peut se les procurer sans autorisation.

En tant que collectionneur, je suis présent comme exposant dans quelques bourses, et suis donc régulièrement contrôlé par la police. Aucun problème de ce côté, puisque je suis en ordre.
Mais pouvez-vous imaginer, Madame le Ministre, à quel point il est frustrant pour les deux parties d’avoir devant soi des gens chargés d’effectuer un contrôle précis, et - pour au moins 90% d’entre eux - totalement incapables d’identifier les armes et d’interpréter les poinçons qu’elles portent ? Ces policiers ont à leur disposition je ne sais combien de textes de loi, mais pas une seule photo, pas un seul dessin leur permettant de faire la différence entre une arme et une autre. Est-ce là une bonne manière de procéder ?

J’espère, Madame le Ministre, que cette missive aura l’heur de vous faire comprendre que vous vous trompez de cible, et qu’il convient de revoir cette décision.
Une version néerlandaise de la présente a été adressée à votre collègue Mme Turtelboom, Ministre de la Justice.

Recevez, Madame le Ministre, mes meilleures salutations.

 

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