Accueil > Dossiers pratiques, études etc... > Armes : on parle d’elles, ou elle font parler d’elles > La violence avec armes à feu > L’attentat de Strasbourg

Article extrait de la Gazette des Armes n° 515 de janvier 2019

L’attentat de Strasbourg

vendredi 14 décembre 2018, par UFA

Ces derniers jours, la France a été en émoi avec un attentat terroriste à Strasbourg. Nous sommes doublement touchés : l’une des victimes est un tireur (TAR) bien connu en Alsace. Et l’arme utilisée est un revolver en calibre 8mm 1892, dont l’avenir dira s’il s’agissait d’une fabrication réglementaire de la MAS, ou d’un revolver de fabrication espagnole en calibre 8mm, achetée par la France pendant la Première Guerre Mondiale. Dans tous les cas, il s’agit d’une arme soumise au autorisation, pas une arme de collectionneur.

La victime

Triste fin d’année pour les proches des victimes du lâche attentat qui a frappé hier les visiteurs du marché de Noël de Strasbourg. Ce marché déjà ancien était ancré dans les traditions locales et il véhiculait une certaine forme de joie de vivre à l’approche des fêtes de la nativité. Mais c’est justement tout cela que haïssent les radicalisés : nos traditions, la joie de vivre et cette fête chrétienne de Noël, fondatrice de la culture occidentale ! Nous exprimons notre profonde sympathie aux familles endeuillées et souhaitons le meilleur rétablissement aux personnes blessées, dont nous nous sentons totalement solidaires et dont nous partageons la peine.
L’une des quatre personnes décédées dans l’attentat terroriste s’appelait Pascal Verdenne. Retraité depuis un an, il pouvait se rendre à son stand 2 fois par semaine où il aimait partager sa passion des armes anciennes.
Il a été assassiné lâchement en sortant du restaurant avec sa compagne.
Les communautés du tir sportif et de la collection d’armes anciennes s’associent aux derniers hommages qui lui sont rendus et à la peine de sa famille, de ses proches, de ses amis de stand.
Il aura été assassiné avec une arme ancienne détenue illégalement et inaccessible dans une Bourse aux armes.

PNG - 50 ko
L’arme retrouvée sur le sol après la "neutralisation" du terroriste.

L’arme utilisée

Dès la découverte des étuis vides laissés par le tireur, il est apparu qu’il s’agissait d’un calibre 8 mm 1892. Et d’emblée, les journalistes ont commencé à affirmer qu’il s’agissait d’un calibre de collectionneur.

Les photos d’assez mauvaise qualité diffusées sur le net, permettent de penser que l’arme utilisée était une copie espagnole de Colt ou de Smith & Wesson military en calibre 8mm modèle 1892 achetée par la France à l’Espagne en 1915. Donc bien une arme soumise à autorisation.
Tous les tireurs sportifs qui ont essayé de tirer des cartouches d’époque dans un revolver en calibre 8mm modèle 1892 savent que trois fois sur quatre, elles ne partent pas à la percussion et que la quatrième fois, l’inflammation de l’amorce suffit à peine à pousser la balle jusqu’au milieu du canon (d’où un bon nombre de revolvers au canon "bagué", lorsqu’une seconde cartouche est tirée ensuite, et que par miracle elle part, alors la seconde balle vient impacter la première, coincée dans le canon et provoque une jolie bague).

Le tueur ayant fait feu au moins 13 fois de suite, on peut donc s’interroger sur l’origine des cartouches utilisée ! Quelqu’un a-t-il rechargé des cartouches pour le tueur ou ce dernier est-il parvenu à se procurer à l’étranger des cartouches Fiocchi de fabrication relativement récente, bien que pas très courantes et classées en catégorie B en France ?

Ce qui est choquant, ce n’est pas tant que le tueur ait pu se procurer ce revolver, mais de savoir que cet homme de 29 ans, totalisait déjà 27 condamnations pour des affaires de droit commun et qu’il était encore en liberté !

JPEG - 18.5 ko
Un "92 espagnol" à gauche et un revolver d’ordonnance français modèle 1892. Les deux armes n’ont rien en commun si ce n’est la munition et le fait d’avoir été règlementaires dans l’armée française. l’appellation"92 espagnoll est un raccourci d’expression qui est source de mauvaise interprétation des textes.

Nous tenons à protester contre l’assimilation de cette arme avec les collectionneurs. Rappelons que le revolver mle 1892 est classé en catégorie B et de ce fait il est soumis à autorisation. Et ses munitions (autres que celles chargées en poudre noire), sont également classées en catégorie B et ne peuvent être vendues qu’aux titulaires d’autorisation de l’arme correspondante.

Questionnement :
Le revolver modèle 1892 n’est plus une arme opérationnelle. Bien sûr, dans le cas de Strasbourg, un tueur faisant feu à bout portant sur des passants désarmés a été capable de causer beaucoup de victimes. Certains de ses prédécesseurs y sont parvenus tout aussi efficacement avec un simple couteau, une voiture ou un camion. Ce n’est donc pas le modèle de l’arme utilisé qui importe, mais l’existence dans notre société d’individus animés du désir de tuer et de semer la désolation.
Techniquement, le revolver modèle 1892, qui était peut-être une merveille technique il y a 120 ans, est aujourd’hui une arme désuète et dépassée, qui ne laissera aucune chance à son utilisateur face à des professionnels entraînés et déterminés armés de FAMAS ou de pistolets automatiques modernes.
La seconde réalité, c’est qu’il s’agit d’une arme qui reste présente sur notre territoire : les revolvers modèle 1892 n’ont pas à être importés en France : ils y sont déjà et leur classement en catégorie B fait qu’ils restent dans les greniers ou dans les maisons abandonnées au lieu de se trouver en sécurité chez des collectionneurs, comme ce serai le cas s’ils bénéficiaient d’un classement différent
D’ailleurs souvenons-nous, avant 1980 les revolvers modèle 1873 étaient classés en 4ème catégorie et sortaient des greniers. Tout le monde en avait. Depuis qu’il a été classé en 8ème catégorie (catégorie D §e aujourd’hui), ils ne traînent plus dans la nature, mais sont chez des collectionneur, qui y font attention du fait que ce sont des pièces d’une certaine valeur ! Il est probable qu’ainsi, un certain nombre d’accidents a pu être évité !!
Voir :
- In mémoriam sur le site de la FFTir.
- Les Dernières Nouvelles d’Alsace.
- Le journal de la Haute marne.
- Sur LCI : Cherif Chekatt était armé d’un revolver du XIXème » siècle : "Ce n’est pas parce qu’une arme est ancienne qu’elle n’est pas dangereuse" Sauf que ce n’était pas une arme ancienne, LCI devrait lire notre article.
- Franceinfo se penche sur l’arme utilisée.
- L’essor de la gendarmerie, l’arme utilisée.
- La presse crie à la mise en scène.

Imprimer cet article

Imprimer