Accueil > Dossiers pratiques, études etc... > Médias, actualité et communication sur les armes > Presse & armes (articles, émissions...) > Les article des médias électroniques > Faire tirer une Kalachnikov neutralisée ?

Faire tirer une Kalachnikov neutralisée ?

lundi 12 janvier 2015

Jérôme Pierrat, journaliste spécialisé dans le grand banditisme a raconté plein de bêtises. Il affirme :
"Il existe des copies made in China pour les collectionneurs, démilitarisées, qui peuvent être, en rachetant des pièces sur internet, remises en état de marche. Et il est difficile de filtrer pour les douanes l’achat de pièces sur le web. On peut acheter ce type de copie pour 300 euros. Pour ce qui est des vraies kalachnikovs, elles s’échangent environ à 3.000 euros. Ce sont des armes qui n’ont jamais servi en France et où le numéro de série a été effacé. Après on peut acheter des armes moins chères. Mais elles sont de mauvaise qualité et déjà utilisées, donc connues d’un point de vue balistique. En France, il faut bien voir qu’il y a une forte demande mais que le marché n’est pas extensible pour autant." Voir notre article.

Comme c’est souvent le cas, cet article est plein de sottises et de mélange des genres :

- Pour une armée organisée qui veut du matériel qui dure, les Kalash russes, bulgares, est-allemandes, polonaises ou serbes sont le summum de la qualité mais il s’agit alors d’achats officiels faits en gros, qui se font à des prix bien inférieurs à 3000 € pièce,

- une Kalach "made in China" n’est pas une "copie de sous qualité" : c’est simplement une Kalachnikov fabriquée en Chine  : c’est le fusil d’assaut type 56 règlementaire il y a encore quelques années dans l’armée populaire chinoise. Depuis, les Chinois sont passés à des armes plus modernes de petit calibre comme la France l’a fait avec le FAMAS.

- pour quelqu’un qui veut tuer : une Kalach "made in China" vaut largement une Kalach russe. Le fait qu’elle soit un peu moins bien finie, moins précise (ce qui reste à prouver) ou que certaines pièces prennent peut-être du jeu au-delà de 10 000 coups (ce que l’on prétend mais qui n’a pas été vérifié) n’a aucune importance pour des utilisateurs qui tirent à bout portant et seulement quelques chargeurs avant d’être éventuellement abattus par le GIGN.

Une fois neutralisées, ces armes valent toutes dans les 3/400 € quel que soit leur pays d’origine. Quelques AK47 russes des toutes premières fabrications se négocient plus cher mais seuls quelques amateurs très éclairés sont capables de faire la différence et sont prêts à mettre plus cher dans l’achat d’une de ces variantes.

Pour ce qui est de l’achat des pièces sur internet, nous en avons déjà parlé sur ce site : les pièces de sécurité (culasse, canon) sont quasi introuvables. Il faut soit avoir recours à des filières qui ne sont pas accessibles au commun des mortels, soit connaître un artisan capable de ré-usiner une culasse ou de recharger à la soudure une culasse neutralisée ; ce n’est pas donné à tout le monde et ce genre d’artiste finit en général assez rapidement en cabane, de même que ses clients (cf une affaire récente).
Les tentatives de vente sur internet de chargeurs non-neutralisés sont plutôt une aubaine pour les services de sécurité, qui consultent eux aussi les sites et fichent les contrevenants en attendant qu’un recoupement ne déclenche leur action.
 
Les tragiques évènements de ces derniers jours démontrent une fois de plus que la nouvelle législation a bien fait de classer en catégorie collection les armes antérieures à 1900 et que celles dont nous proposons le déclassement ne poseraient pas plus de problèmes, sauf dans la tête des syndicats de police. Ce n’est pas avec des Webley semi-automatiques, des Campo-Giro ou des Glisenti que se commettent les attentats mais avec des armes qui traversent sans problème les frontières-passoires de l’Espace Schengen !

Ces débats ne nous font pas oublier les innocentes victimes ni les fonctionnaires de police lâchement assassinés par des gens qui n’ont vraiment rien à voir avec le monde de la collection et du tir sportif.

Nous avons reçu une communication d’un de nos proches que nous partageons avec vous :

"Votre réponse est claire, j’insisterais sur le fait que :

Le banditisme qui a besoin d’armes fonctionnelles possède des moyens bien plus efficaces et rapides pour se procurer une arme fonctionnelle. Combien d’armes retrouvées dans les mains de bandits proviennent de collectionneurs ? quasiment aucune ! Les collectionneurs sont des gens amoureux des armes pour des raisons mécaniques, historiques ou sportives et aucun d’eux ne souhaite voir ses armes semer la mort ou la terreur. Il semble que Nemmouche, Merad, Coulibaly, les Kouachis ou encore les bandits de Marseille n’aient pas acquis leurs armes auprès de collectionneurs, mais bien auprès de filière organisées important des armes fonctionnelles des pays de l’Est par des trafics dit "de fourmis" ou par les filières du banditisme. 

Il est d’ailleurs rarissime qu’une arme neutralisée dans l’UE puis refabriquée (au prix de connaissances et de machines-outils coûteuses) soit impliquée dans une affaire de droit commun.

Certes, il peut arriver que certains collectionneurs franchissent la ligne jaune, mais cela reste extrêmement rare, ou du moins tout aussi rare que de retrouver des bandits dans les forces de l’ordre ou la magistrature ou toute autre communauté .

Mais dans la quasi-totalité des cas, il s’agit plus de collectionneurs qui ont succombé à la tentation de refaire fonctionner une arme historique par passion que de personnes souhaitant se procurer une arme fonctionnelle pour des besoins délictueux ou criminels.

Sans parler de la rareté des cas qui impliquent un collectionneur, l’intention n’est pas non plus la même.

Cet amalgame est tout aussi faux que de dire que les gens qui font des excès de vitesse le font dans le cadre d’un go fast pour un trafic de stupéfiants. Certes, l’infraction au code de la route est la même mais le but est bien différent..."

 

Imprimer cet article

Imprimer

Dans la même rubrique