Rêve de collectionneur

On pourrait aussi dire patience du collectionneur devant une administration indifférente

dimanche 19 mai 2019, par Jean-Jacques BUIGNE président de l’UFA

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que le collectionneur est un passionné. Et qu’il prend à cœur son devoir de conserver les armes anciennes « compte tenu de leur intérêt culturel, historique ou scientifique ». C’est une passion chronophage et qui demande également beaucoup de sacrifices financiers. Alors que son existence a été prise en compte par le parlement, l’administration reste sourde à ses demandes. Dès lors, il se prend à rêver d’un monde « meilleur » dans lequel il serait considéré à part entière !

Nous savons tous que le collectionneur prépare l’avenir avec cette transmission d’objets qui, un jour ou l’autre figureront dans des musées. Bon nombre d’entre eux passent leurs week end dans des groupes de reconstitution habillés comme leurs ancêtres. Et en semaines, dans le cadre de leur mission éducative, ils fréquentent les écoles primaires pour « raconter » l’histoire au travers des objets qu’ils présentent.
Voir article sur la collection des frères Brunon qui est à l’origine du Musée de l’Empéri de Salon de Provence.

Mal aimé

Au vu des poursuites souvent injustes dont il est l’objet, il se sent « mis à l’index » [1] des « services » de l’administration. Quand on lui saisit sa collection, et qu’au prix d’une longue bataille judiciaire il arrive à la récupérer, certains objets ont été détériorés alors que d’autres manquent. Ils se sont « évaporés » [2] dans les méandres des greffes, expertises ou autre, c’est ce que notre communauté appelle avec ironie « la part des anges ». Certes toute arme peut représenter un danger, mais il faut discerner l’arme historique peu opérationnelle pour laquelle il faut se contenter d’appliquer des mesures de prudence élémentaires pour éviter qu’elle ne soit à l’origine d’un accident de l’arme offensive utilisée par les voyous ou terroristes. D’ailleurs, ces derniers utilisent de préférence des armes détenues illégalement.
Mais tout cela vous le connaissez par cœur. Ce que nous allons voir aujourd’hui ce sont ses attentes, ses besoins et ses rêves.

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Voilà un environnement de collectionneur ou sont réunies de nombreuses armes de catégories C et D stockées conformément à la règlementation. Vu le nombre de déclarations, il faut s’assurer que la préfecture ait bien délivré tous les récépissés.

Rêve qu’il veut transformer en réalité

On se souvient que pendant 40 ans, le collectionneur a œuvré pour prendre sa place. Et de quelle façon il a utilisé son utopie positive pour arriver à ses fins. Aujourd’hui il veut parfaire son ouvrage mais, l’administration semble devenue sourde à ses dossiers. Que se passe-t-il ?

- Dangerosité avérée mal définie ?
Depuis 2013 nous dénonçons un arrêté mal formulé, qui surclasse des armes qui n’existent pas ou des armes qui ne méritent pas de l’être. A l’époque, nous avions remis un projet qui était d’aplomb. Depuis, à chaque réunion, nous avons évoqué ce texte. Nous avons même remis un gros dossier en 2018. Le résultat : le même arrêté a été republié avec toutes ses erreurs, à l’exception d’une seule que nous avions signalée à l’époque à la DGA.
«  Le collectionneur rêve d’un texte adapté aux réalités techniques et historiques. »

- Transport des armes ?
En dehors de toute règlementation, la poste scanne les colis postaux qui prennent l’avion. Et elle refuse le transport de tout ce qui ressemble à une arme que ce soit une véritable arme classée dans l’une des 4 catégories ou simplement un jouet. Voir article.
« Le collectionneur rêve que « ses trésors » ne subissent plus le délit de sale gueule et que la règlementation des transports soit simplement appliquée sans en surajouter. »

- Douilles d’artillerie inactives.
Les collectionneurs sont persécutés par les services de l’État essentiellement répressifs pour la détention de simples douilles d’artillerie et parfois même pour celle de douilles décorées qui constituent de l’art populaire. Ces « reliques » de la 1re GM sont vidées de leur poudre depuis plus de 100 ans et ne comportent plus de projectile. Voir article.
« Le collectionneur rêve de pouvoir accomplir son devoir de mémoire en toute quiétude. »

- La parole de l’État.
Les parlementaires avaient prévu un délai de 6 mois pour régulariser les armes de catégorie C lors des demandes de carte de collectionneurs. Devant les retards pour la mise en place des textes règlementaires, l’administration avait promis que ce délai entrerait en vigueur dès la mise en place du dispositif de la carte de collectionneur. Il n’en n’a rien été. Voir article, cela oblige le collectionneur à déclarer trouvé son ou ses armes, même si le résultat est identique, le circuit pour y arriver n’est pas directe.
«  Le collectionneur rêve de pouvoir faire confiance aux promesses de l’administration et croire en la loyauté de l’État. »

- Neutralisation réaliste.
Aujourd’hui les armes neutralisées sont devenues de véritables blocs de ferraille dans lesquels plus rien ne bouge ! Elles n’ont conservé que la silhouette des armes d’ori- gine et sont pourtant classées en catégorie C. Par ailleurs, le prix de la neutralisation est tellement prohibitif que le détenteur ou l’héritier d’une collection un peu étoffée est empêché de se mettre en règle. Voir article.
«  Le collectionneur rêve de pouvoir conserver des objets dont le fonctionnement mécanique reste pédagogique au prix d’un coût raisonnable ».

- Du respect de la directive européenne.
Alors que la directive a prévu que les collectionneurs « pourraient » être autorisés à détenir des armes de catégorie A dans un but culturel, la France a fait le choix assumé de ne pas suivre le texte européen. [La directive autorise la catégorie A pour les collectionneur]
« Le collectionneur français rêve de pouvoir sauvegarder des armes qui ont fait l’histoire sans pour cela les transformer en bloc de ferraille inerte. Pour ainsi, ne pas être la risée des collectionneurs européens qui peuvent le faire. »

- Les anciennes neutralisations.
Alors que la Directive a prévu la possibilité de pouvoir faire reconnaître comme valables, les neutralisations d’avant le 8 avril 2016, la France a choisi de ne pas en faire la demande. D’autres États comme les Pays-Bas ont fait cette demande et leurs collectionneurs peuvent s’échanger des armes neutralisées antérieurement. [Notre intervention] Depuis elle a rejoint un autre ministère et nous n’avons plus d’interlocuteur au gouvernement.
« Le collectionneur français rêve de ne pas être un « sous » collectionneur par rapport à ses collègues européens ».

- La liste complémentaire
La loi prévoit que certaines armes d’un modèle postérieur à 1900, peuvent être déclassées compte tenu de leur « intérêt culturel, historique ou scientifique ». Sur notre proposition, une liste de 74 armes avait été adoptée en 1986. Or 33 ans après, aucune arme nouvelle n’a été rajoutée alors qu’aucune infraction n’a été constatée avec les armes déclassées. Notre proposition.
« Le collectionneur rêve que les nombreuses listes de déclassement qui sont déposées régulièrement depuis 11 ans, soient prises en considération. »

- Une stigmatisation
Chaque jour, la presse nous apporte son lot de « découvertes » à sensation. On y apprend qu’un « véritable arsenal » a été découvert, quand on voit les photos, on y découvre des armes à air comprimé, des armes de catégorie D dont la détention est libre ou des armes de catégorie C non déclarées du fait de l’absence de possibilité pour les collectionneurs de le faire. Voir article.
Parfois c’est pire, jusqu’à 20 gendarmes avec casques et boucliers débarquent à 6 heures du matin gyrophares et sirènes hurlantes. Cela pour appliquer un arrêté de saisie d’armes, que le détenteur peut contester pendant un an.
« Citoyen comme les autres, le collectionneur rêve que soient respectées sa présomption d’innocence, sa vie privée et sa dignité ».

- Des réponses attendues.
Lorsque que c’était la DGA qui classait les armes dans l’une des catégories, nous avions toujours une réponse juridiquement valable. Depuis que c’est le ministère de l’intérieur qui a repris cette fonction, aucune réponse n’a encore été faite à nos demandes.Voir les réponses de la DGA.
«  Le collectionneur rêve de sortir de l’incertitude sur le classement de certaines armes. Même si l’UFA a donné son avis sur de nombreuses armes, ou sur la définition de modèle, il serait normal qu’une réelle discussion puisse s’ouvrir sur ces points »

Pour être entendu

Les collectionneurs s’expriment depuis longtemps sur tous les points qui « polluent » sa paisible vie de gardien du patrimoine. Nous avons bien participé au grand débat et avons porté les revendications des collectionneurs dans une lettre au Président de la République. Nous espérons une réponse. Voir article.
Lors de notre dernier colloque, il y a eu l’expression d’un certain ras-le-bol. Dans cette période où tout le monde revendique, lui qui s’exprime pacifiquement, se sent laissé pour compte.

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A propos du rêve du collectionneur, comme le disait John Lennon dans sa chanson Imagine  : « Tu peux dire que je suis un rêveur, Mais je ne suis pas le seul... »
Et c’est bien parce que les collectionneurs sont nombreux, qu’un jour ou l’autre leurs rêves vont se transformer en réalité comme au soir du débat à l’Assemblée Nationale du 31 janvier 2018 ou les députés les ont plébiscités.

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Comme le collectionneur a compris depuis longtemps qu’il n’aura rien qui viendra tout seul en attendant et refaisant le monde comme au café du commerce. Depuis 40 ans, le collectionneur est porté par l’utopie qu’il assume pleinement ce qui fait véritablement sa force. Ainsi, le collectionneur a décidé d’influer la réflexion en cours sur la prochaine directive européenne qui doit être modifié en 2022. Voir l’état de notre reflexion. Nous débattrons de tous cela lors de l’Assemblée Générale de la FESAC le 15 juin prochain aux Pays Bas, ainsi qu’avec nos partenaires français sociaux économiques.
Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. (Sénèque) .


[1Voir GA 503, le collectionneur et le Bouc émissaire, et GA 515 : Collectionneurs, parias de la société ?

[2Voir article sur le fameux Papy de Lyon qui accusait de vol, ceux qui avaient perquisitionné.

[La directive autorise la catégorie A pour les collectionneurmais le gouvernement n’a pas souhaité ouvrir un droit à ceux qui ne l’avait pas auparavant. Voir les 9 amendements déposés en ce sens.

[Notre interventiona propos de l’équivalence des neutralisations étrangères : courrier envoyé le 16 février 2018 à la Ministre Jacqueline Gourault. Sa réponse.. N’ayant rien de nouveau, nouveau courrier le 20 juillet 2018 et la réponse du 30 juillet tout à fait aussi inconsistante.