Club de tir : installer un système de vidéoprotection ?

mardi 24 février 2026, par Jean-Jacques BUIGNE fondateur de l’UFA

Nous sommes fréquemment interrogés sur les règles applicables à un club de tir souhaitant installer un dispositif de vidéoprotection (caméras avec ou sans enregistrement) dans des locaux fréquentés exclusivement par les membres d’une association.

Sur le plan règlementaire, une telle installation relève : du Code de la sécurité intérieure (CSI) lorsque les locaux sont ouverts au public, du RGPD [1] et de la loi Informatique et Libertés [2] s’agissant du traitement des données personnelles et du Code du travail lorsque des salariés sont concernés.

Concernant spécifiquement les clubs de tir.

 Locaux à usage strictement interne
Lorsque les installations sont exclusivement réservées aux membres, qu’elles ne sont pas accessibles au public et que l’accès fait l’objet d’un contrôle effectif (badge nominatif, code, clé, permanence physique), elles revêtent le caractère de lieu privé. Dans cette configuration, le régime d’autorisation préfectorale prévu par le Code de la sécurité intérieure [3] ne trouve pas à s’appliquer.
En revanche, tout dispositif de captation ou d’enregistrement demeure soumis au cadre applicable en matière de protection des données à caractère personnel, notamment au RGPD et à la loi Informatique et Libertés.

 Locaux comportant un accueil du public
À l’inverse, lorsque le club maintient un accueil accessible aux non-adhérents (visiteurs, candidats à l’adhésion, accompagnants, etc.), même si l’accès aux pas de tir est strictement réservé aux membres, les locaux doivent être regardés comme ouverts au public pour les zones concernées. Dans ce cas, l’installation du dispositif entre dans le champ des formalités déclaratives ou d’autorisation prévues par les textes applicables, comme exposé ci-après.

Base légale du traitement (RGPD)

La captation d’images permettant d’identifier des personnes constitue un traitement de données à caractère personnel.
L’association doit déterminer une finalité précise et légitime (sécurisation des biens, prévention des intrusions, protection des personnes, etc.) et fonder le traitement sur une base légale appropriée. En pratique, il s’agit de l’intérêt légitime [4].
Le consentement individuel des membres n’est pas adapté au fonctionnement d’un club de tir, dès lors qu’il ne serait ni libre ni réellement facultatif. En revanche, une information et une validation de principe peuvent utilement intervenir en Assemblée générale.
Cette précision renforce la rigueur juridique sur la notion de consentement.

Conditions de mise en œuvre

Lors de l’installation, il convient d’assurer un équilibre entre l’objectif de sécurité poursuivi et les droits et libertés des membres.
À ce titre, plusieurs impératifs doivent être respectés :
  Proportionnalité : les caméras ne doivent filmer que les zones strictement nécessaires à la finalité poursuivie.
  Interdictions constantes : absence de surveillance permanente et individualisée d’un poste précis, interdiction de filmer les sanitaires, vestiaires ou zones de repos, exclusion de tout dispositif intrusif injustifié (zoom permanent, captation audio sauf nécessité exceptionnelle dûment justifiée).
  Information des personnes : un affichage [affichage] visible à l’entrée des zones filmées doit mentionner l’existence du dispositif, sa finalité, l’identité du responsable de traitement (l’association) et les modalités d’exercice des droits (accès, effacement, limitation, opposition).
Cette information doit également figurer dans le règlement intérieur [règlement intérieur] ou dans une note formalisée.
  Durée de conservation : elle doit être limitée et proportionnée.
En pratique, 30 jours constituent le plafond généralement admis par la CNIL ; une durée de 7 à 15 jours est souvent suffisante. Une conservation plus longue n’est justifiée qu’en cas de procédure judiciaire.
  Sécurisation des données  : accès limité aux seules personnes habilitées, traçabilité des consultations recommandée, protection par mot de passe robuste, stockage sécurisé (serveur interne ou prestataire conforme au RGPD).

Conformité réglementaire et risques juridiques

 Registre des traitements : l’association doit inscrire le dispositif dans son registre [5], en précisant notamment la finalité, les catégories de personnes filmées, la base légale, la durée de conservation et les mesures de sécurité mises en œuvre.
Pour une association de petite ou moyenne taille, l’analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD) [6] n’est en principe pas obligatoire. Elle devient requise en cas de surveillance systématique à grande échelle, d’utilisation de dispositifs biométriques ou de croisement avec d’autres bases de données.
Il demeure toutefois recommandé d’intégrer au registre une évaluation écrite des risques.

 Cas particulier des salariés :
En présence de salariés, l’employeur doit procéder à leur information préalable et consulter le CSE lorsqu’il existet [7].
Il est en tout état de cause interdit d’organiser une surveillance permanente d’un salarié à son poste de travail.

 Responsabilité pénale et civile. Un dispositif disproportionné, détourné de sa finalité ou dissimulé est susceptible d’engager : la responsabilité civile de l’association (atteinte à la vie privée), et la responsabilité pénale [8] sur le fondement des dispositions applicables.

Vidéosurveillance – droits du propriétaire des lieux

Une collectivité propriétaire des locaux peut légitimement demander que le système de vidéoprotection installé dans ses bâtiments fasse l’objet des démarches administratives requises et respecte la réglementation applicable. Elle peut notamment exiger :
 la preuve de l’autorisation préfectorale lorsque le dispositif relève de la vidéoprotection au sens du Code de la sécurité intérieure ;
 la description du dispositif installé et sa conformité aux obligations légales ;
 les modalités d’exploitation du système (responsable du traitement, personnes habilitées à accéder aux images, durée de conservation).
En revanche, en l’absence de disposition spécifique prévue dans la convention d’occupation, le bail ou tout autre accord contractuel, la collectivité propriétaire ne dispose pas automatiquement d’un droit d’accès direct et permanent aux images enregistrées.
Dans la pratique, certaines collectivités prévoient contractuellement un droit d’accès aux images pour des motifs de responsabilité administrative ou de sécurité, notamment lorsque l’activité se déroule dans un établissement recevant du public (ERP). Ce droit doit alors être explicitement prévu dans la convention d’occupation ou dans le bail.

Voir aussi l’ensemble de la rubrique clubs de tir et notamment :
- Procédure d’acquisition d’armes de catégorie A1 et B ;
- Mon club exige la liste de mes armes de catégorie B ;
- Collecte des douilles usagées : recyclage. ;
- Club de tir : prêt d’armes à un non licencié ? ;
- Comment installer un stand de tir ;
- Utilisation des installations des clubs de tir par les gendarmes ;
- Fait de société : police et entraînement en stand de tir privés.

[2Loi n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée.

[affichage
VIDÉOSURVEILLANCE
  Les présents locaux sont placés sous vidéoprotection.
  Responsable du traitement : [Nom complet de l’association] - [Adresse du siège] - [Adresse e-mail de contact]
  Finalité du dispositif : Sécurité des personnes, protection des biens et prévention des intrusions ou dégradations.
  Base légale : Intérêt légitime de l’association à assurer la sécurité de ses locaux (article 6 §1 f du RGPD).
  Zones filmées : (Préciser : hall d’entrée, salle principale, zone d’accès, pas de tir etc.) Les caméras ne filment pas les sanitaires, vestiaires ou espaces de repos.
  Durée de conservation des images : [Exemple recommandé : 15 jours] - Les images peuvent être conservées plus longtemps uniquement en cas de procédure judiciaire.
  Destinataires des images : Seules les personnes habilitées par l’association peuvent accéder aux images.
  Vos droits : Vous pouvez exercer vos droits d’accès, d’effacement, de limitation ou d’opposition en écrivant à : [adresse email ou postale]
  Pour toute réclamation, vous pouvez saisir la CNIL (www.cnil.fr)

[règlement intérieur
MODÈLE DE CLAUSE À INSÉRER DANS LE RÈGLEMENT INTÉRIEUR
Article X – Dispositif de vidéoprotection
  Afin d’assurer la sécurité des personnes, la protection des biens et la prévention des intrusions ou dégradations, l’association a installé un dispositif de vidéoprotection dans ses locaux.
  Ce dispositif repose sur l’intérêt légitime de l’association, conformément à l’article 6 §1 f du Règlement (UE) 2016/679 (RGPD).
  Les caméras sont implantées exclusivement dans les zones suivantes : [Préciser précisément les zones].
  Aucune caméra n’est installée dans les sanitaires, vestiaires ou espaces dédiés à la vie privée des membres.
  Les images sont conservées pour une durée maximale de [X jours], sauf nécessité liée à une procédure judiciaire.
  L’accès aux images est strictement limité aux personnes habilitées par le Président de l’association, dans le cadre de leurs fonctions.
  Conformément au RGPD et à la loi Informatique et Libertés, tout membre peut exercer ses droits d’accès, de limitation ou d’effacement des données le concernant en adressant une demande écrite au responsable du traitement à l’adresse suivante : [coordonnées].