En 1972, avec Raymond ils réussissent un beau doublé, gagnant chacun de leur côté le championnat de France de ball-trap. Leurs filles, emportées par ce tourbillon passent leur enfance entre pas de tirs et terrains de chasse…. En 1976, elle saisit sa chance et reprend le flambeau. Seule femme armurière en France, elle va faire de son armurerie une des toutes premières affaires françaises. Rue des Changes d’abord puis allées François Verdier. Ses clients, des amis souvent, lui réclament l’impossible. Elle répond aux moindres questions et souvent d’ailleurs les anticipe. Elle sait tout, tout sur les pistolets, les fusils, les cartouches. Elle évalue d’un seul coup d’œil l’état d’un fusil à réparer. Sa réputation de sérieux et de droiture fait d’elle une experte et elle rejoint alors le cercle fermé des membres de la Compagnie Nationale des experts en Armes et Munitions près les Cours d’Appel.
Puis elle se passionne pour les couteaux et lance avec une de ses consœurs parisienne, May Kindal, l’élan qui va porter la coutellerie d’art en France.
De Toulouse, Hélène contacte des artistes d’Europe et d’Amérique, participe à des salons internationaux, soutient de jeunes créateurs. De grands collectionneurs viennent à elle. Entre temps elle a obtenu sa carte de presse : journaliste spécialisée, elle écrit dans « Tir, La Passion des couteaux, Excalibur ». Elle a trouvé sa place. Et quelle place !
Mon ami Gilles Sigro qui l’a connu aussi bien que moi et sans doute bien plus nous livre ici son témoignage : « C’était une belle personne passionnée, pétillante et attachante. La reprise de l’antique armurerie Roujean et la création de sa célèbre armurerie de la rue des Changes à Toulouse, l’Arquebuserie fut une des nombreuses péripéties de sa belle et longue carrière. Elle dirigea cette institution Toulousaine avec passion pendant un quart de siècle. Ce lieu atypique fut pendant longtemps un point de rendez-vous incontournable pour bien des passionnés. Au mont St Michel les gourmands vont chez la "mère Poulard" pour déguster sa fameuse omelette, à Toulouse les tireurs, chasseurs et collectionneurs allaient chez la "mère Bouffil" comme ils se plaisaient affectueusement à dire ! Le mot mère ici n’était point péjoratif mais au contraire servait à marquer un respect qu’elle imposait naturellement en raison de sa maîtrise parfaite et de sa profonde connaissance de ce monde masculin de l’armurerie, de la chasse, et des armes.
Beaucoup disaient simplement "j’ai acheté mon revolver chez "la mère" " et tout le monde comprenait. J’ai rejoint l’aventure de l’Arquebuserie fin 1986 comme armurier, j’ai créé sous sa bienveillante impulsion l’atelier de réparation et de bronzage et j’ai vécu d’extraordinaires moments dans ce haut lieu de l’armurerie. Je suis maintenant le dernier survivant de l’équipe, madame Bouffil m’a passé le flambeau, permis de prendre mon envol et de consacrer ma vie au plus vieux métier du monde qui est bien le nôtre et pas celui que l’on croit. Qu’elle soit ici remerciée par ce modeste hommage. Je me plais à penser qu’elle a rejoint la fine équipe de nos vieux clients qui l’attendaient là-haut et que cette joyeuse troupe à la langue bien pendue va encore passer de bons moments. »