L’impression 3D au service des amateurs d’armes

mardi 27 septembre 2022, par Michaël Magi

Nous avons souhaité présenter dans cet article l’impression 3D en général et différents exemples d’applications que cette technologie apporte dans le monde des armes, sous un angle différent de celui présenté habituellement dans les médias. Nous n’aborderons donc pas ici les problématiques juridiques et les fameuses armes imprimées en 3D qui font tant peur aux autorités et au grand public, ce sont des sujets sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir ultérieurement.

L’impression 3D

Ces dernières années, les technologies d’impression 3D ont beaucoup évolué, et sont devenues de plus en plus accessibles et abordables pour le grand public. Aujourd’hui, la précision d’impression, la qualité et la variété des matériaux disponibles en font une technologie permettant de créer des objets vraiment utiles pour un coût très réduit. Nombre de bricoleurs utilisent cette technologie pour réparer des objets ou créer des choses parfaitement adaptées à leurs besoins et qui n’existent pas forcément dans le commerce, ou à des prix bien plus élevés.

Avec toutes ces qualités, c’est sans surprise que l’impression 3D a gagné le monde des armes et profite aujourd’hui à de nombreux amateurs d’armes, qui peuvent concevoir et produire leurs propres accessoires pour le tir sportif, la chasse, la collection, et même la reconstitution.

Comment ça marche ?

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Ce dessin d’un rail picatinny est réalisé entièrement sur ordinateur, au mêmes côtes que ceux du commerce. (Cliquez sur l’image pour agrandir.)

La première étape est de créer un modèle en 3D de la pièce que l’on veut réaliser sur ordinateur. Plusieurs logiciels sont disponibles pour cela, souvent gratuits pour une utilisation non commerciale, et de nombreux didacticiels sont disponibles à travers le net. Il est relativement aisé d’apprendre à créer des objets aux formes simples, mais bien entendu, les objets et les mécanismes les plus complexes nécessitent une certaine expérience et une bonne connaissance de ces outils et des techniques de modélisation.

Ensuite vient l’imprimante, il en existe exploitant différentes technologies, mais la plus courante fonctionne par dépôt de filaments de plastique fondu : l’objet est créé par couches successives déposées les unes au-dessus des autres. C’est un processus assez long, il n’est pas rare d’attendre plusieurs heures pour l’impression d’une pièce, surtout si la forme est complexe et détaillée. Il faut compter entre 300€ et 1000€ pour une imprimante 3D grand public, selon la précision et la qualité d’impression recherchée.

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La "matière première" pour les impressions 3D : des rouleaux de filaments de différentes couleurs et matières dérivées du plastique.

Et naturellement il faut la matière première : présenté sous forme de bobines, le filament nécessaire pour l’impression 3D coûte entre 15€ et 40€ le kilo selon ses spécificités. Il est intéressant de noter qu’il existe plusieurs matières différentes, dont les propriétés varient en fonction du but recherché : certains plastiques sont par exemple plus résistants à la chaleur, d’autres sont adaptés à un usage alimentaire, certains sont flexibles, etc. Il est notamment possible d’imprimer en Nylon ou en ABS, qui sont deux matières très utilisées par les fabricants d’armes à feu, notamment pour les crosses, poignées et divers accessoires.

Le Tir Sportif

Le tir sportif nécessite souvent de nombreux accessoires, parfois spécifiques à une arme donnée ou bien qui sont utiles dans la pratique du tir en général. L’impression 3D est donc de plus en plus présente dans ce domaine : outils ou clés aidant au démontage des armes, supports ou blocs chasse-goupilles, boîtes à munitions, témoins de chambre vide, protège-culasse pour le transport, plaques de couches, etc.
Il s’agit en général d’accessoires ayant des formes simples et donc faciles à modéliser. De plus, comme ils sont de petit volume, leur coût est vraiment dérisoire, surtout par rapport à leur équivalent du commerce, qui sont pourtant parfois eux aussi en plastique !

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Ces boîtes à munitions sont faites sur-mesure par calibre, et le couvercle glisse dans des encoches pour distribuer les cartouches 5 par 5.
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Ce bloc récupérateur de douilles se monte sur le rail supérieur d’une carabine .22LR, et peut être retiré et vidé facilement car il est retenu par deux aimants. (© PA Gey)
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Un “speedloader” pour un revolver en .38 Special ou .357 Magnum. Il a été dessiné sur mesure pour s’adapter aux courbes de l’arme souhaitée. (© Sthone)
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Un monopied de crosse, pliable et réglable en hauteur, entièrement réalisable en impression 3D. (© A. Etn)

Mais bien entendu, cela ne se limite pas aux accessoires, les armes elles-mêmes y passent aussi ! La possibilité d’imprimer avec des plastiques plus résistants comme l’ABS ou le Nylon permet de créer des pièces soumises à plus de contraintes mécaniques et résistantes à la chaleur, notamment des rails tactiques type picatinny, des poignées, garde-mains, et même des crosses entières de carabine ! Les pièces de ce type sont bien entendu plus complexes à modéliser et à imprimer, mais il y a la possibilité de créer du sur-mesure, et le rendu final peut être bluffant.

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Cette crosse de revolver est entièrement réalisée en 3D, et imprimée à l’aide d’un filament qui imite la texture et la couleur du bois. (© T. Terreur)
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Les témoins de chambre vide distribués par l’UFA sont aussi imprimés en 3D !
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Une poignée “squelette” compatible AR-15. (© F. Costa)
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Modification du levier d’armement sur une arme de match, réalisé en 3D avec plusieurs filaments colorés pour représenter le drapeau français. (© O. Jouss)

L’impression 3D permet également de remplacer des pièces qui sont en plastique d’origine sur certaines armes, que ce soit en cas de casse de ces dernières ou pour les améliorer : hausses/guidons, plaquettes de crosse, repose-pouce pour arme de poing, rails de montage, etc.

Enfin, il est possible d’imprimer en utilisant du plastique souple, permettant de réaliser des objets ayant des propriétés similaires à du caoutchouc. Ainsi, la réalisation de pièces comme des blocs amortisseurs de recul ou des plaques de couches est tout à fait possible.

Tir à l’arme ancienne

Bien que certains tireurs à l’arme ancienne se refuseront à utiliser toutes technologies modernes afin de conserver une expérience et une immersion la plus authentique possible, l’impression 3D peut tout de même s’avérer très utile dans ce domaine pour ceux qui le souhaitent !

On trouve notamment de plus en plus de jeux de dosettes faits sur mesure pour le tir à la poudre noire, ou encore des kits de confection de cartouches papier pour armes anciennes. De nombreux outils et accessoires facilitant la vie du tireur à l’arme ancienne ont ainsi vu le jour :

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Une cuillère/doseuse réalisée pour contenir un certain volume de poudre noire d’un côté et de semoule de l’autre. La quantité de poudre est gravée directement sur l’objet. (© Galtsons)
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Ces outils permettent de faciliter la réalisation de cartouches en papier. (© Galtsons)
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Cet objet en forme d’étoile maintient les amorces et facilite leur mise en place sur les cheminées d’un revolver à poudre noire. (© Galtsons)
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Ce demi-entonnoir est parfaitement adapté pour passer sur le côté d’un revolver à poudre noire. (© Galtsons)

La chasse

Pour la chasse, on va surtout trouver des objets et accessoires plutôt orientés terrain comme des points d’attache pour sangles ou des porte-cartouches qui se fixent directement sur l’arme ou à la ceinture, des cache-soleil pour les lunettes de visée, etc.

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Outil intégrant une lame de cutter, permettant d’ouvrir proprement une cartouche de calibre 12, afin d’en modifier la charge ou les projectiles. (© Hari Seldon)
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Support pour 2 cartouches à fixer sur la crosse de l’arme.
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Modélisation 3D d’un point d’attache pour sangle destiné à être fixé sur une crosse en bois.
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Filtre en nid d’abeille anti-reflet pour lunette de tir. Ce genre de filtre laisse passer plus de lumière et est plus compact que les pare-soleil classiques.

La collection et la reconstitution

Une des grandes occupations d’un collectionneur est de prendre soin de ses trésors et de trouver au mieux comment les mettre en valeur. Là aussi, l’impression 3D peut s’avérer très utile pour réaliser des présentoirs, des plaques ou divers crochets et supports pour armes ou munitions de collection. Et le tout sur-mesure et en général beaucoup moins cher que ce qui est proposé dans le commerce !

Certains plastiques peuvent être colorés, poncés, texturés ou même peints, ce qui permet énormément de possibilités de personnalisation afin de mettre en valeur au mieux les objets exposés.

Et pour les reconstitutions, avec suffisamment de travail, il est même possible de créer des répliques de certains objets d’époque !

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Ces présentoirs pour mettre en valeur une collection de munitions ainsi que les cartouches didactiques vues en coupe au centre sont entièrement imprimés en 3D. (© M. Magi)
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Impression 3D d’un modèle de grenade, factice bien entendu. Destiné à servir d’accessoire pour une reconstitution.
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Après un minutieux travail de ponçage et de peinture, cette réplique de grenade MKII semble authentique ! Il s’agit pourtant bien d’une réplique en plastique !
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Autre exemple ici avec des répliques en taille réelle d’obus de 105mm pour le canon sans recul M40.

Le rechargement

Enfin, le rechargement est sûrement le domaine lié aux armes où l’on trouve le plus de réalisations en impression 3D. En effet, beaucoup des objets ou outils de base comme les plateaux de rechargement, les divers entonnoirs ou encore les récupérateurs d’amorces sont bien souvent fabriqués en plastique dans le commerce. Aucun souci donc pour les répliquer, les améliorer ou les faire sur mesure grâce à l’impression 3D.

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Un plateau de rechargement étagé.
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Un support pour ranger les outils de rechargement. (© F. Krakauer)
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Une égreneuse à poudre, entièrement imprimée en 3D. Son socle a été rempli de plomb pour assurer sa stabilité.
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Une bague de serrage, filetée, imprimée en 3D et s’adaptant aux outils de presses.

Mais le rechargement est sûrement le domaine lié aux armes où l’on retrouve les réalisations en impression 3D les plus techniques et élaborées : en faisant appel à d’autres technologies comme l’électronique, il est possible de fabriquer ses propres machines !

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Il s’agit d’un distributeur d’ogives, destiné à être monté au-dessus d’une presse de rechargement. Un moteur le fait pivoter, et les échancrures du plateau central permettent d’acheminer les ogives dans le bon sens. Il est visible en fonctionnement ici : https://www.youtube.com/watch?v=EO8HuW9l8MQ
Son coût de fabrication est imbattable par rapport à un modèle du commerce.
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Il s’agit d’une doseuse automatique pour la poudre. Un module électronique permet de saisir la quantité de poudre désirée, et cela active une égreneuse via un petit moteur. Le bac dans lequel se déverse la poudre est placé sur une plaque de pression similaire à celles des balances électroniques de précision, ce qui permet à la machine de s’arrêter quand la dose voulue est atteinte.
Là aussi, le coût de fabrication est imbattable par rapport à un modèle du commerce, mais des connaissances en électronique et en programmation sont nécessaires pour réaliser l’automate. (© Blaize_FR)

Les ressources pour l’impression 3D

Le monde de l’impression 3D est souvent fondé sur les principes de partage et d’échange, chers à de nombreux bricoleurs de la mouvance DIY (Do It Yourself - “Faites-le vous-même”). Ainsi, de nombreux modèles 3D pour différents objets sont totalement gratuits. Il est d’usage que la plupart des modèles librement accessibles soient toutefois protégés par des droits d’auteurs pour en empêcher l’utilisation commerciale non autorisée par son créateur, mais le partage, l’amélioration, et l’expérimentation sont fortement encouragés.

Il existe des moteurs de recherche et sites spécialisés dans le partage de modèles 3D, voici les plus connus :

  • https://www.thingiverse.com/ : il propose plus de 2 millions de modèles 3D, totalement gratuits. Il permet aussi de partager ses propres modèles 3D et de les mettre à la disposition de la communauté.
  • https://cults3d.com/ : c’est à la fois un moteur de recherche qui agrège les résultats de plusieurs autres sites de partage de modèles 3D, mais c’est aussi une plateforme qui permet de partager ses propres modèles. La particularité de ce site est de permettre de vendre ses modèles, ainsi on trouve ici des modèles parfois plus élaborés et complexes, mais payants. Cela dit, les modèles 3D ne se vendent en général que quelques euros.

Naturellement, les deux adresses données ci-dessus ne sont pas spécifiques au monde des armes, il faudra donc fouiller un peu pour trouver des objets intéressants pour notre domaine. Nous vous conseillons de taper les mots-clés en anglais pour faire vos recherches, cela maximisera les chances de trouver de bons résultats !

En France, une communauté de tireurs sportifs a monté un groupe dédié à l’impression 3D dans le monde du tir, sur le réseau social Facebook. On y trouve des passionnés qui partagent conseils, connaissances et retours d’expérience dans le domaine :

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Comme nous l’avons vu au travers des différents exemples de cet article, l’impression 3D est maintenant une technologie assez mature et accessible qui a tout à fait sa place dans le monde des armes, et avec des applications comme souvent très éloignées des stéréotypes habituels que nous pouvons rencontrer dans les médias quand les termes “armes” et “imprimantes 3D” sont cités dans la même phrase.
Dans de prochains articles sur ce sujet, nous évoquerons notamment les problématiques juridiques liées à l’impression 3D, spécifiquement pour notre domaine des armes : en effet, la fabrication de certaines pièces essentielles d’une arme sont susceptibles de changer sa catégorie, ou pourraient s’apparenter à de la fabrication illicite, nous ferons le point sur ces sujets. Et bien entendu, comme cela semble être la coutume pour tout bon média, nous ferons un passage obligé par ces fameuses armes imprimées en 3D.

A suivre !

- Voir aussi : Comment classer une arme fabriquée avec une imprimante 3D ?

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En cliquant sur l’image, vous visualiserez une fabrique « très » artisanale d’armes de poing.