Victimes collatérales des trafics d’armes

lundi 19 octobre 2020, par Jean-Jacques BUIGNE président de l’UFA

Vous vous souvenez qu’en juin 2018, les journaux titraient : « Saisie de près de 700 armes chez des collectionneurs, dont des armes de guerre ». Alors, comme d’habitude, ils évoquaient une « porosité entre le milieu des passionnés souvent peu regardants sur les conditions d’acquisitions de leurs armes et l’univers du grand banditisme. »

Pour cette opération nationale, 100 perquisitions, 250 personnes auditionnées, 600 gendarmes mobilisés et près de 1 900 armes détenues illégalement ont été saisies sur l’ensemble de l’opération qui s’est déroulée en plusieurs phases.
Avant tout, mettons les choses au point : on ne peut pas qualifier de « collectionneur » celui qui améliore ses revenus en vendant des armes interdites, c’est simplement un délinquant qui a choisi de risquer les foudres de la loi pour gagner facilement quelques centaines d’euros et s’il se fait prendre et condamner, ce sera bien fait pour lui. Un collectionneur est uniquement un détenteur paisible d’armes qui a le souci d’être en conformité avec la réglementation des armes. Bien que la chose soit également répréhensible, nous avions un regard plus indulgent vis à vis du particulier qui aura eu l’imprudence de conserver sans la déclarer une arme provenant d’un héritage de famille ou d’une découverte fortuite. Mais nous devons souligner que ce genre d’affaire apporte de l’eau au moulin de l’administration qui essaye d’entretenir la confusion entre collection et trafic d’armes.

Méfiez-vous de vos relations

Les collectionneurs sont des gens très sociaux qui aiment partager et il est donc dans l’ordre des choses qu’ils leur arrivent de vendre ou d’échanger certaines de leurs pièces avec d’autres passionnés. Ils communiquent par les réseaux sociaux ou les sites de mise en relation acheteur-vendeur. C’est à cette occasion qu’ils sont susceptibles de tomber sur de véritables trafiquants. Le problème est que leurs coordonnées, sont enregistrées dans le carnet d’adresse des trafiquants. Et lorsque ces derniers se font prendre (cela arrive presque toujours), c’est tout naturellement que les enquêteurs exploitent ces coordonnées et procèdent à des perquisitions.
Ainsi, le paisible et honnête collectionneur voit un beau matin, une « escouade » de force de l’ordre, nombreux et souvent lourdement armés de façon démesurée par rapport à la réalité de la situation. C’est alors que leur vie se transforme en cauchemar.

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La dépêche de l’AFP a été reprise par l’ensemble de la presse.
Cliquez sur l’image pour lire L’EXPRESS du 16 juin 2018.

Et sur l’opération citée plus haut, nous avons plusieurs remontées des désagréments
subis. Tous procèdent de contacts fructueux ou non avec des trafiquants :
-  Après sa réponse à une annonce internet pour des renseignement sur un MAC 50 qu’il n’a pas acheté, le collectionneur est victime d’une perquisition et saisie de toutes ses armes pourtant légalement détenues.
-  Lors de la vente d’un lot de baïonnettes, le collectionneur est ensuite perquisitionné. Saisie des armes légalement détenues.
-  Après un simple échange de mails à propos d’un revolver d’ordonnance que finalement le collectionneur n’achète pas. La perquisition révèle qu’il détient illégalement certaines armes, il n’aurait pas dû. Son cas sera traité par le tribunal très prochainement.
-  Dans le cadre d’une transaction d’armes de catégorie C entre particuliers (avant l’obligation de passer par un armurier), le tireur est perquisitionné. On lui laisse toutes ses armes de catégorie B, mais on embarque des armes de catégorie C pour lesquelles il n’a pas encore reçu le récépissé de sa préfecture. Bien qu’il ait eu les copies des CERFA de déclaration, le juge refuse de lui restituer ses armes, considérant qu’il y avait une suspicion de détention illégale.
Toutes ces affaires datent de juin 2018, et les armes sont toujours sous « main de justice » et il est probable que certaines ne seront jamais restituées et si elles le sont, dans quel état leurs propriétaires les récupéreront-t-ils ?

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Sous son aspect inoffensif, la toile cache une cybercriminalité dommageable pour les amateurs d’armes.

Irréprochable !

Moralité de ces exemples :
-  Il faut toujours être en conformité avec la règlementation, même si celle-ci n’est pas forcément adaptée. Si vous ne recevez pas les récépissés, inquiétez-vous-en.
-  Il y a toujours un risque à traiter avec des inconnus et même échanger des mails peut procurer des désagréments.
-  si l’on a fait l’objet d’une inscription au B2 ou au TAJ, il ne faut surtout pas acheter d’arme avant l’effacement de ces mentions car on risque dans près de 90 % des cas que la préfecture découvrant ces mentions au TAJ ou au B2 au cours de son enquête administrative, ordonne un dessaisissement de l’ensemble des armes détenues


Voir sur le site :
- Saisie d’un arsenal chez un collectionneur,
- Rubrique : Bavures, saisies et destructions d’armes et d’objets d’art,
- L’odyssée du « Papy collectionneur à Lyon » qui avait été saisi de façon théâtrale. Qui avait porté plainte pour vol, mais qui est décédé avant l’enquête.

Les médias :
- Sud Ouest du 15 juin 2018,
- Franceinfo du 15 juin 2018,