Le Fort de Seclin : un musée privé au service de la mémoire

mardi 4 août 2026, par Christophe Binet

À quelques kilomètres de Lille, le Fort de Seclin est bien plus qu’un vestige de la ceinture fortifiée imaginée par le général Séré de Rivières après la guerre de 1870. Depuis près de trente ans, il abrite un musée privé devenu une référence nationale pour les passionnés de la Grande Guerre, de l’artillerie et du patrimoine militaire.

À quelques kilomètres de Lille, le Fort de Seclin est bien plus qu’un vestige de la ceinture fortifiée construite sous la direction du général Séré de Rivières après la guerre de 1870. Depuis près de trente ans, il abrite un musée privé devenu une référence nationale pour les passionnés de la Grande Guerre, de l’artillerie et du patrimoine militaire.

D’une collection privée à un musée de référence

Cette aventure est avant tout celle d’un homme. Dès son adolescence, Didier Boniface rassemble objets, armes, équipements et pièces d’artillerie de la Première Guerre mondiale. Au fil des années, sa collection prend une telle ampleur qu’il souhaite la rendre accessible au public. Lorsque la commune de Seclin décide de valoriser le Fort Duhoux, elle retient son projet et lui accorde un bail emphytéotique. Le musée ouvre ses portes en 1996.
Depuis lors, les collections n’ont cessé de s’enrichir. Installées dans les casemates voûtées du fort, elles offrent un parcours immersif consacré principalement à l’artillerie de la Grande Guerre, domaine dans lequel le musée est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus importants de France. On y découvre notamment le célèbre canon de 75 modèle 1897, des pièces britanniques de 18 livres, un canon Gribeauval fondu sous la Révolution, mais aussi des armes légères réglementaires françaises, des véhicules militaires et une remarquable automobile Grégoire de 1903 ayant servi à un officier d’état-major.

Photographie du site du fort, avec son entrée protégée par son glacis et contrescarpe.

Le Fort de Seclin, un patrimoine sauvé de l’oubli

Cette automobile de Marque Grégoire, datant de 1903 a été attribuée à un officier d’Etat major, pendant la première guerre mondiale, comme l’atteste une plaque d’identification.

Au-delà de ses collections, le musée joue un rôle essentiel dans la conservation du patrimoine. Son atelier de restauration intervient sur des pièces exceptionnelles, en particulier les chars Renault FT 17, mais également sur des canons, véhicules hippomobiles et matériels historiques provenant de musées français et étrangers. Son expertise est aujourd’hui reconnue bien au-delà de nos frontières.
Le Fort de Seclin participe également à de nombreuses manifestations mémorielles, comme les Journées européennes du patrimoine, la Journée du Poilu ou encore les commémorations de Passchendaele. Il prête régulièrement son concours à des institutions telles que le musée de l’Armée, le musée de la Grande Guerre de Meaux ou des musées en Belgique et au Luxembourg.
Le site lui-même mérite la visite. Construit en 1873 sur les plans du système Séré de Rivières, le fort couvre plus de cent hectares. Occupé par les Allemands durant la Première Guerre mondiale, utilisé comme dépôt logistique, puis comme annexe de la prison de Loos pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut ensuite transformé en dépôt de munitions avant d’être abandonné. Sauvé de la ruine grâce à la famille Boniface, il est aujourd’hui le seul des six forts de la ceinture lilloise à avoir conservé son intégrité d’origine.

Pièce de 10 du système Gribeauval, fondu sous la révolution. Capturé par les anglais, il a été monté sur un affut anglais, puis récupéré par le musée.
Une des vitrines d’armes légères (carabine Gras d’artillerie, carabine Berthier, fusil Gras d’infanterie, fusil Lebel…)

Conserver, restaurer et transmettre dans le respect de la réglementation

Cette double sauvegarde, celle d’un monument historique et d’une collection privée exceptionnelle, illustre parfaitement le rôle irremplaçable des collectionneurs dans la préservation du patrimoine militaire français. Le Fort de Seclin est aujourd’hui un lieu de mémoire vivant, où l’histoire se découvre au plus près des objets qui l’ont façonnée.
Pour suivre l’évolution de la réglementation le musée a fait l’objet d’un renouvellement d’autorisation de musée, avec l’assistance de l’UFA.


Fort de Seclin – Chemin du Fort – 59113 Seclin - Visites guidées toute l’année sur rendez-vous, mail - 03 20 97 14 18 - site Internet.
Le site accueillera également l’assemblée générale de l’UFA de 2026 ainsi que l’université d’automne réservée aux délégués.

Une des salles du musée, constituée par les casemates voutée du fort.
Canon français modèle 1897, dans sa « livrée Grande guerre ». On remarque les deux chars Renault FT 17, en second et arrière plan.
Canon britannique de campagne de 18 livres.