Canada : quand l’interdiction alimente le marché noir, les leçons oubliées de la prohibition

lundi 29 décembre 2025, par Jean Pierre Bastié président de l’UFA

Le principal effet de la prohibition de l’alcool aux USA entre 1919 et 1933 fut d’entraîner la multiplication des speakeasys, ces bars clandestins qui se répandirent dans le pays pendant des années et qui firent les beaux jours de la pègre américaine.

Prohiber n’est pas gagner

En gelant l’achat et le transfert d’armes de poing par les particuliers au Canada en octobre 2022, le gouvernement a lancé une prohibition qui ne dit pas son nom. Aujourd’hui, le pays en fait les frais. La porte est grande ouverte aux trafics de toutes natures et le territoire se retrouve confronté à une arrivée massive d’armes introduites clandestinement. La proximité avec les États-Unis, où les armes sont plus accessibles, facilite grandement la contrebande et l’importation d’armes désormais prohibées.
Cette politique repose sur une illusion dangereuse : celle selon laquelle restreindre l’accès légal ferait mécaniquement disparaître les armes de la société. L’histoire démontre pourtant l’inverse. Ce sont toujours les citoyens respectueux des lois qui se retrouvent pénalisés, tandis que les réseaux criminels, eux, s’adaptent rapidement et prospèrent. En asséchant le marché légal, l’État renforce involontairement le marché noir.

L’illusion du désarmement et la réalité du trafic clandestin

C’est une erreur politique majeure que de vouloir interdire sans distinction. L’interdiction crée de la frustration, et cette frustration nourrit les dérives d’usage. Il vaut mieux autoriser la détention encadrée et savoir où se trouvent les armes, plutôt que de favoriser la prolifération d’armes fantômes, non enregistrées, non traçables et échappant à tout contrôle institutionnel.
La sécurité publique ne se construit pas sur des symboles, mais sur des politiques pragmatiques : contrôle rigoureux des détenteurs, traçabilité des armes, sanctions sévères contre le trafic illégal et coopération internationale renforcée. En l’absence de ces leviers, les interdictions générales deviennent contre-productives.

Encadrer plutôt qu’interdire : l’exemple d’une approche pragmatique

La France a fait un autre choix. Elle a misé sur un système de classification des armes, des autorisations strictes, un suivi administratif centralisé et des contrôles réguliers des détenteurs légaux. Ce modèle, imparfait mais cohérent, vise à maintenir les armes dans un cadre réglementé plutôt qu’à les pousser vers la clandestinité.
À l’heure où la criminalité armée progresse, la question n’est donc pas de savoir s’il faut interdire davantage, mais s’il est encore raisonnable de confondre désarmement des citoyens respectueux des lois et lutte efficace contre le crime organisé. L’histoire, comme l’actualité, semble déjà avoir apporté la réponse.