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Gazette des armes, février 2010 n° 417

Et si les armes à feu n’étaient pas coupables ?

mardi 12 janvier 2010

En France, sur environ 540 000 morts par an, 30 % des décès sont liés au cancer, 29 % aux maladies cardio-vasculaires, 4 % au diabète et à la maladie d’Alzheimer et 7 % des décès sont liés à une mort violentes. Or, ce dernier pourcentage regroupe 6% pour les accidents, 1% pour les suicides et 0,07% pour les homicides. Les homicides forment donc une toute petite minorité, loin derrière les accidents de la route , les accidents du travail ou encore les accidents domestiques.

La France présente même un des plus faibles taux d’homicide au monde, puisqu’un tableau récapitulatif du nombre d’homicides dans le monde pour 100 000 habitants tend à montrer que la France se classe 28ème sur 30 pays pour le nombre de morts par homicide. [1]


Le site de l’Insee répertorie les chiffres de la direction centrale de la police judiciaire. On constate que le nombre de tous les types d’homicides confondus reste stable à un peu plus de 800 depuis plusieurs années. Le ministère de la Justice confirme cette tendance et rappelle que la catégorie "armes à feu " n’existe pas en droit.

Les meurtres ou assassinats par arme à feu font donc un peu plus de 200 morts par an ! [2] Or, la grippe saisonnière à elle seule fait près de 7 500 décès par an. Elle est d’ailleurs considérée comme la principale cause de mortalité infectieuse en France. Enfin, rien qu’en France, depuis le début de l’épidémie de grippe A H1N1, il a été comptabilisé 269 décès.

D’ailleurs, le responsable de l’Office central de lutte contre le crime organisé a reconnu récemment : "Il n’y a pas de prolifération des armes de guerre ou de poing en France, mais dans les trafics de stups en banlieue, nous en trouvons systématiquement. Pas tout un arsenal, mais une ou deux".
C’est sans doute pour cette raison que le Ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux indiquait récemment qu’il réfléchissait à simplifier la réglementation sur les armes qui "est devenue inefficace car trop tatillonne pour les honnêtes gens et impuissante face aux trafiquants ". Elle devrait donc passer de huit à quatre catégories, pour coller à la norme européenne.


- Le nombre de décès en France métropolitaine vient des bases de données, indices et séries chronologiques, bulletins statistique et tableaux de l’INSEE, 22 décembre 2009,

- Il y a eu 4 615 tués sur les routes en France en 2007 (ministère de l’écologie),

- Il y a eu 1450 morts par an selon les statistiques 2007 de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), www.inrs.fr.

- Plus de 20 000 personnes décèdent chaque année d’un accident domestique : chutes 10 520 morts par an, suffocation et asphyxie 3 543 morts par an, brûlure 1 000 morts par an, intoxication 900 morts par an, incendie, 460 morts par an, noyade 400 morts par an, défenestration 250 morts par an, …(Les accidents de la vie courante en France selon l’Enquête santé et protection sociale 2002, Bertrand Thelot, La Documentation française).

Tout objet pouvant constituer une arme par destination, il paraît illusoire de vouloir tout réglementer et a fortiori tout interdire tant cette entreprise est vouée à l’échec ou pire à la démagogie. En effet, d’une part si un honnête citoyen est considéré par la société comme suffisamment responsable pour pouvoir voter, payer des impôts, être membre d’un Jury populaire, élever une famille, conduire toutes sortes de véhicules, être mobilisable à tout instant pour défendre son pays, il est anormal de présumer que ce même homme mis en présence d’une arme ferait preuve d’une conduite irresponsable ou criminelle et se transformerait de "bon Docteur Jekyll en infâme Mister Hyde". Mais il est vrai que "le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté ".


[1Emmanuel Todd, Après la démocratie, p. 214, Gallimard, Paris, 2008 et Recent Improvements in Life Expectancy in France : Men are Starting to Catch Up, rapport de France Meslé publié par l’INED le 26/11/2006.

[2Le chiffre de 200 morts est un gâchis horrible pour les victimes comme pour leur proches, mais qu’une interdiction totale des armes (dont chacun sait que dans les faits elle ne supprimerait de toutes façons pas toutes les armes) ne changerait pratiquement rien à ce chiffre. Le chiffre brut mériterait d’être analysé. Il pourrait se décomposer comme ainsi :
- les suicidés par armes à feu, qui seraient sans doute passés de toutes façons de vie à trépas par d’autres moyens.
- les délinquants abattus par la police... On ne va pas pleurer ! et de toutes façons, la législation serait sans effet. Idem sur les bavures policières
- les militaires tués par balle en service (accidentellement ou en opération), là encore la législation est sans effet.
- les victimes de violence (combats de bandes, règlements de compte, racket etc) en général, les armes utilisées échappent à la réglementation,
- les tireurs fous : dans ce cas l’accès légal aux armes peut être en cause. Les contraintes actuelles à l’achat et à la détention freinent quand même beaucoup les coups de tête. Par ailleurs, le cinglé décidé à se faire remarquer à d’autres moyens à sa disposition à une époque où l’on trouve de bonnes recettes de bombes artisanales sur Internet. La réglementation reste impuissante vis à vis de ce genre d’individu.

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