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Histoire succincte des armes à feu

dimanche 25 novembre 2007, par Jas Van Driel, consultant de la FESAC

Cet article expose dans les grandes lignes l’évolution des armes à feu portatives en évoquant les différents systèmes de mise à feu, les mécanismes conduisant au chargement par la culasse, à la cartouche métallique et au tir à répétition et automatique. Il aborde également le passage de la poudre noire à la nitrocellulose sans oublier l’évolution des types d’amorçage.

L’article dans sa version anglaise

- Lien vers un site consacré à l’histoire du pistolet règlementaire français,

L’arme semble bien être la plus ancienne invention de l’homme. Dès les origines préhistoriques, l’homme se saisit d’un bâton et le lança en direction d’une cible. Il lui fallu bien plus de temps pour qu’il apprenne à utiliser le feu (1300) ou même invente la roue [1] . L’invention de l’arme eut un impact immense sur ses conditions de vie. Elle lui permit de satisfaire deux besoins vitaux indispensables après l’eau et la respiration : la nourriture et la protection. En effet, le constant perfectionnement des armes permit à l’homme de chasser les animaux trop grands pour être capturés et lui assura protection contre les prédateurs et, principalement, le plus grand de tous, son alter ego.

Lorsqu’un homme vigoureux vit venir vers lui un homme ingénieux utilisant habilement une arme de son invention, il s’opposa violemment à lui, le forçant à perfectionner son invention. La course aux armes était lancée et, il faut bien dire qu’elle a dirigé jusqu’à aujourd’hui l’histoire de l’humanité. Nier le rôle prépondérant qu’ont joué les armes en général et les armes à feu en particulier dans notre histoire revient à nier l’Histoire elle-même.

Les premiers temps

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Une arbalète datant des années 1500

Au cours des Ages de la Pierre, les lames et les harpons apparurent et l’arc vit ses débuts autour des années 6000 avant J.C. Ce fut la première arme, après le harpon, à pouvoir être projeté vers une cible comme l’était une pierre. L’arc et la flèche furent les armes les plus utilisées jusqu’à la fin du Moyen Age. Pour améliorer leur efficacité et leur maniabilité, beaucoup de développement furent inventés comme les gastrophètes et les arbalètes. La source d’énergie, stockée par un système mécanique est toujours produite manuellement.

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Une des armes représentant l’apogée de l’art Japonais en matière d’armes blanches : le Katana.

Au début, les lames des armes et les pointes de flèches étaient faites en silex. Autour de 4000 avant J.C., le travail du métal se développa et les lames, les hampes et pointes de flèches ainsi que les harpons furent faits en bronze. Le fer apparut vers 2000. La production d’épées et d’armures en fer atteint un grand degré de sophistication pour culminer dans les sabres japonais tels que le Katana.

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Le trébuchet : une machine de siège du Moyen Age

Cette période vit aussi le développement de machines de guerre hors normes capables d’envoyer des projectiles de plus en plus lourds, comme les balistes, les trébuchets et les catapultes. Ces armes étaient les prédécesseurs de notre artillerie moderne.

La poudre à canon

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Le tir avec une arme à poudre noire produit beaucoup de feu et de fumée.

On ne peut savoir avec certitude qui a inventé la poudre à canon, bien que beaucoup de pays la revendique. Il est généralement admis que la première mention écrite de la recette de la poudre soit apparue en Angleterre vers 1260. Cette poudre à canon consistait en un mélange de salpêtre, de souffre et de charbon, recette dont la composition resta inchangée pendant six siècles.

La poudre à canon, appelée aujourd’hui « poudre noire », est relativement peu explosive. Enflammée à l’air libre, elle n’explose pas, mais brûle violemment. Enflammée dans un milieu clos, elle produit une pression modérée. Au cours de la mise à feu, la poudre noire produit, en raison des impuretés contenues dans le matériau de base, beaucoup de flammes et d’étincelles ainsi qu’un gros nuage de fumée grise. L’expression « le brouillard de la guerre » vient du fait de cet immense nuage de fumée qui s’élève au dessus des champs de bataille. Les résidus de la combustion de la poudre noire sont très corrosifs et les armes qui ne sont pas nettoyées immédiatement après le tir à la poudre noire développent rapidement une forte corrosion.

La poudre d’artifice a été inventée par les chinois pour produire du bruit et de la lumière, elle ne comportait que deux ingrédients. Il fallu attendre vers 1300 pour qu’elle soit composée de trois éléments : le souffre, le charbon et le salpètre. C’est alors que les premiers canons sont apparus. On trouve la première représentation d’un canon dans un manuscrit daté de 1327, alors que le premier usage mentionné d’un canon est attesté pendant la bataille de Crécy en 1346.

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Le premier canon connu se trouve représenté dans le manuscrit « De Notabilitatibus, Sapientiis et Prudentiis Regum » de Walter de Milette, 1327

Ces premiers canons avaient une facture grossière. Il s’agissait d’un objet en forme de vase placé sur un support en bois, mais, rapidement, on trouve des fûts faits de barres en fer soudées et placées sur ce que l’on pourrait appeler un affut. Ces canons étaient chargés par la gueule en versant une quantité de poudre, suivie d’un sabot en bois et d’un projectile en pierre.

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La poudre était enflammée en introduisant un fer rougi dans un petit trou sur le côté du canon (la lumière). Le projectile n’était pas vraiment aux dimensions du canon (d’où la présence du sabot de bois pour le bloquer) et rendait l’arme peu précise. On pouvait ainsi dire que le boulet allait « dans la direction générale de l’ennemi ». L’effet psychologique du feu, de la fumée et du bruit était certainement plus efficace que le tir lui-même.

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Un canon à chargement par la culasse du Moyen Age

Contrairement à la croyance populaire, les canons n’étaient pas tous exclusivement à chargement par la gueule. Au début, un certain nombre de canons furent construits au Moyen Age pour être chargés par l’arrière du canon, grâce à une culasse amovible. Il était ainsi plus aisé de charger un canon placé dans l’espace étroit d’une tour de château et de tirer rapidement plusieurs coups successifs. Ces canons à chargement par la culasse consistaient en un fût, ouvert à l’arrière, et une chambre amovible contenant la poudre et le boulet. Cette chambre était fixée dans la culasse du fût avant le tir au moyen d’une cale ou d’une corde.

En raison de leur manque inhérent de précision, les premiers canons ne pouvaient seulement être utilisés avec succès que contre de grandes cibles. Ils furent utilisés de façon notoire lors de la chute de Constantinople en 1453 où les Turcs détruisirent les murs de la ville avec d’immenses canons, marquant ainsi la fin de l’Empire Byzantin.

Les armes portatives

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Deux canons à main de 1375

Les premières armes à feu portables ne furent rien d’autre que des canons miniatures. Ils furent introduits vers 1380 et généralement appelés " bâtons à feu ". Ces armes étaient faites d’un canon en fer coulé (ou de douves de fer assemblées) fixé au bout d’une perche. Le tireur maintenait la perche sous son bras et boutait le feu en approchant un fer rougi avec son autre main.

Ces premiers traits à poudre n’étaient pas d’un maniement aisé et furent vite remplacés par une arme pourvue d’un fût : une pièce de bois pouvant supporter l’arme et être appuyée sur le corps lors du tir. On l’appela " arquebuse ". Vers 1411, le système de mise à feu fut aussi modifié en remplaçant le fer rougi par une mèche se consumant lentement (une amorce en amadou) maintenue dans un serpentin fixé sur le côté du canon. Un mécanisme à ressort fut ajouté à ce serpentin quelques années plus tard. De cette manière, le tireur pouvait viser la cible et faire feu en même temps en poussant sur un levier. Le mécanisme de détente venait d’être inventé.

Bien que les découvertes initiales en matière d’armes à feu concernent plutôt les grandes armes (les canons), c’est à partir de ce moment que les plus grands développements techniques furent apportés aux armes portatives. La rayure des canons et les différents systèmes de mise à feu apparurent d’abord sur les armes portatives avant d’être appliqués aux canons. C’est pourquoi, la suite de cet historique ne portera que sur les armes à feu portatives.

Nouveaux systèmes de mise à feu

Les premières armes à feu à mèche, à mécanisme à serpentin, étaient d’assez grandes dimensions. Leur utilisation requérait beaucoup d’habileté (notamment pour le chargement) et un certain courage. La métallurgie n’était pas encore bien développée et performante et il arrivait souvent que ces armes explosent au moment du tir, causant plus de dommages au tireur qu’à l’ennemi.

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Arquebuse de chasse à rouet XVIIe siècle

L’utilisation de la mèche lente (ou incandescente) pour déclencher le tir n’avait pas que des avantages. En premier, le tireur était immédiatement repéré. L’ennemi pouvait facilement voir l’extrémité rougie de la mèche en combustion ou sentir son odeur. L’expression hollandaise " flairer une allumette " (qui veut dire " sentir le danger ") tire son origine lorsque les espagnols utilisaient des armes à mèche. Les combattants hollandais (les Gueux) pouvaient sentir la mèche en combustion des armes espagnoles et ainsi repérer les embuscades.

La solution à ce problème fut apportée en Italie, au début du XVIe siècle, par Léonard de Vinci. Elle est représentée dans le " Codice Atlantico ".

Un mécanisme avec un ressort fut fixé contre l’arme. Les étincelles sont produites par le frottement d’un morceau de pyrite frottant sur une roue mise en mouvement par le relâchement d’un ressort. Ces étincelles mettent le feu à la poudre contenue dans le bassinet qui, à son tour enflamme la poudre principale en passant par la lumière du canon. Cette importante innovation permit de transporter une arme chargée et prête à faire feu n’importe quand. Cette invention permit désormais aux cavaliers de tirer d’une seule main. Ce mécanisme favorisa la chasse, le gibier ne pouvant plus repérer la lumière de la mèche ou en sentir son odeur.

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Lance grenades à rouet su XVIIe siècle

Il existe un grand nombre de variantes d’armes à rouet. Beaucoup d’inventions furent expérimentées lors de son apogée comme par exemple le tir en rafale (une arme capable de tirer plusieurs coups en même temps ou très rapprochés, notre fusil d’assaut moderne, en quelque sorte). Cependant, le mécanisme à rouet était difficile à réaliser et couteux. Il ne fut pas possible financièrement d’armer un grand nombre de soldats et cette arme fut réservée à l’élite.

La solution à ces problèmes fut inventée en Italie vers 1547 : la platine à chenapan. Les armuriers hollandais, suédois et anglais travaillèrent sur ce système mais, vers 1610, la France mis au point, dans sa forme aboutie, la platine à silex.

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Paire de pistoles écossais à silex, tout métal

La platine à silex utilise toujours un bassinet rempli de poudre d’amorçage qui communique le feu à la charge principale par la lumière du canon. Cependant, ce n’est plus le frottement de la pyrite sur la roue qui produit les étincelles, mais le raclement d’un silex contre une plaque d’acier. La platine à silex est de conception plus simple que le rouet et donc, plus économique à produire. Sa fabrication ne nécessite pas le concours d’armuriers hautement qualifiés et expérimentés. Ainsi, il devint possible d’équiper une armée entière de mousquets à platine à silex. Cette platine était plus fiable, d’un entretien facilité et passablement plus étanche à l’humidité. Cette platine constitua une importante amélioration et les armes à feu commencèrent à être produites en grandes quantités et déclinées en beaucoup de variations, depuis les petits pistolets de poche jusqu’aux armes à multiples canons. Les armes à platine à silex arrivèrent ainsi à un haut niveau de sophistication.

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Carabine allemande de chasse, à silex

Toutes les armées du monde commencèrent alors à équiper leurs soldats avec ce type d’armes et ils furent produits par dizaines de milliers. Les attaques étaient désormais conduites avec ces armes comme armement principal, secondées par les canons (bien que la pique, le sabre et la baïonnette jouaient encore un rôle important) ainsi que le brouillard de la guerre, causé par les immenses nuages de fumée produits par ces armes et recouvrant les champs de bataille.

(à suivre)


Cet article a été réalisée pour la FESAC par : Jas Van Driel ; FARE consultant P.O. box 22276 ; 3003 DG Rotterdam ; The Nederlands ; mail



Notes

[1] vers 3500 avant J.-C. à Sumer en basse Mésopotamie.


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